Echanges.

 

Dans le brouhaha des conversations, sortant du Grand central, Miguel demanda :

-        Bon, on va boire un coup ? J’ai besoin d’un café !

Mais il ne fut pas entendu.

-        Non, sur Po-Tolo on ne connaît pas les baisers, disant Anthéa à Maria.

-        Mais vos doigts, vos doigts…

-        Les habitants d’ici sont des Terriens qui ne connaissent que leur planète. Demandez donc au capitaine…

Anthéa se tournait vers Byzix, en grande conversation avec la princesse et Henri.

-        J’étais libraire, disait ce dernier, et j’aime lire de la science-fiction, mais je n’avais pas pensé à Sirius, même si Voltaire…

-        Voltaire ? Qu’est-ce que c’est ? demanda la princesse.

-        C’était un philosophe, mademoiselle. Un philosophe des Lumières, qui a imaginé une vie sur Sirius pour mieux brocarder nos mœurs, entre autres. Dans le même genre, vous avez aussi Montesquieu, avec ses Lettres p

-        J’aime la littérature terrestre, mais c’est votre civilisation, comment vous la vivez, qui nous intéresse, répartit Byzix. La littérature n’est pas tout…

-        Mais si, justement !

-        Laissez, capitaine, Henri est passionnant.

-        Mais Votre Altesse, vous…

-        Il faudrait que nous passions quelques heures ensemble, Henri.

-        Mais j’ai aussi envie de connaitre Atlantia et Albertina ! J’aime aussi la musique, Mozart…

-        Ah, Mozart ! Votre meilleur ambassadeur terrestre ! s’exclama Byzix.

-        Comment, vous connaissez ?

-        J’ai brièvement survolé l’Europe…

-        Mais vous êtes passionnant, dites-moi !

-        Je suis désolée, Maria, dit Anthéa. Mon mari et mon beau-frère, peut-être ?

Elles s’éloignèrent de Miguel pour aller vers eux, mais Lantar et Carman écoutaient Albertina chanter une chanson d’Amalia Rodriguez, ce qui leur clouait le bec.

-        Que c’est beau ! fit Anthéa.

-        « Aì, Lisboa… »

-        Quel dommage que les autres n’entendent pas ! Si votre capitaine aime Mozart…

-        Mais dites-moi, Maria, comment êtes-vous morte ?

-        Dans un accident de voiture idiot, j’étais à la place du copilote, mais mon compagnon a été sauvé, lui…

Et Maria eut un gros soupir.

-        Contrairement à Henri et à Albertina, je n’ai pas eu besoin de rajeunir, je n’avais que vingt-cinq ans…

Miguel, qui baillait, dressa l’oreille, qu’il avait fine.

-        Moi aussi je suis mort comme vous, à vingt-trois ans…

-        Eh bien, vous me plaisez plus qu’un extraterrestre !

-        J’aimerais boire un café, et vous montrer Atlantia à tous, ça fait quinze ans que je vis ici, alors je connais bien…

-        Miguel, fit Dario. Ces deux-là veulent que je leur montre comment fonctionne le Grand central.

-        Je t’en prie, mon vieux. Allez-y. Et si, nous autres, nous allions tous à la cafétéria du Grand central ? Mais je n’arrive pas à me faire entendre, ils sont tous là à parler… En plus, j’ai peut-être un ticket avec la belle Italienne…

Dario éclata de rire, ce qui surprit tout le monde.

-        Bon, c’est pas tout ça, mais moi j’ai besoin d’une voiture ! lança Henri.

Le chant d’Albertina s’était arrêté, et elle se reprit.

-        J’espère qu’il y a d’autres Portugais, ici…

-        Je ne sais pas, mais je connais un Français prêt à découvrir Atlantia, et Maldek, avec vous, Albertina…

Elle eut un petit rire.

-        Et si vous draguiez autour d’un café, en attendant Césig et Ollibert ? fit Miguel.

-        Pourquoi ? Césig ! lança Byzix.

-        Je vous ferai mon rapport, capitaine. Dario va nous expliquer comment marche le Grand central.

-        D’accord, mais…

Quant à la princesse, elle avait mis les poings sur les hanches, regardant Henri.

-        Des voitures ?!? Ces appareils polluants…

-        … d’un autre âge ? compléta Byzix.

-        Pour vous, capitaine, fit Dario. Ici sur Maldek, nous avons réglé le problème : nous roulons à l’électricité. D’une certaine façon, nous sommes plus évolués que la Terre ! Enfin, nous essayons…