Retour en arrière.

 

-        Bon, maintenant, allons tous chez moi, décida Miguel, après avoir pris congé de Dario.

-        Et… c’est loin ? demanda la princesse.

-        Nous prenons la navette. Maria, vous venez avec nous ? ajouta galamment Miguel pour la belle Italienne.

-        Eh bien… oui. Mais à quoi pensez-vous ?

-        Pas à mal, rassurez-vous. Je vais faire d’une pierre deux coups, et expliquer à tout le monde le principe des écrans maldékois. Savez-vous quand vous aurez le vôtre ?

-        J’ai dit que je voulais voir Atlantia avant de me décider pour… un appartement. J’aurai un écran quand je m’installerai.

Byzix et la princesse avaient suivi l’échange, très intéressés. Césig aussi avait dressé l’oreille, et échangé un regard avec son capitaine. En effet, Dario le leur avait expliqué, à Ollibert et à lui. Byzix se frotta le menton, et tous suivirent le mouvement.

 

Miguel ouvrit sa porte, et commença par faire entrer les trois femmes, puis le reste de la petite troupe, Carman fermant la marche.

-        Mais c’est minuscule ! se récria la princesse en arrivant dans la pièce à vivre.

-        C’est plus grand que la moyenne, votre Altesse. Et j’ai aussi une chambre, et les sanitaires, la cuisine. Vous voulez voir ?

-        Vous avez une belle baie vitrée, fit Maria, séduite.

-        Moi, je trouve votre chez-vous chaleureux, dit Anthéa, tandis que le capitaine regardait la grande bibliothèque, attiré par les livres.

-        Vous avez… Voltaire ? demanda la princesse à Miguel.

Ce dernier souriait.

-        Oui, ses romans et ses contes. Mais j’aime les Russes, et la littérature de mon pays. Je m’intéresse à l’histoire. Mais j’ai fêté mon diplôme, e suis mort avant d’arriver sur le marché du travail…

Un ange passa.

-        Que voulez-vous voir, à part l’écran ?

-        Nous ne voulons pas être indiscrets, déclara Ollibert.

-        Oui, montrez-nous votre écran, fit Byzix.

Celui-ci était un peu plus grand qu’une télévision, et fonctionnait avec un petit terminal permettant d’accéder à ceux qui étaient chers à son possesseur. Miguel servit quand même d’abord à boire, rassembla tous ses sièges autour de son canapé, que Césig jugea tout de suite confortable, et chacun s’assit, un verre de sirop de menthe à la main, sauf Miguel. Il appuya sur un bouton, et les photos des gens encore vivants qu’il aimait apparurent. Il choisit celle de sa mère, et celle-ci se matérialisa sur l’écran, très occupée dans sa cuisine.

-        Oh ! s’exclama Miguel. Elle prépare mon plat préféré !

-        Qu’est-ce ? s’enquit Maria, touchée.

-        Des piquillos à la morue…

Les piments étaient vidés, et une dame aux cheveux prématurément gris les fzarcissait en pensant à son fils disparu qui les aimait tant. Miguel eut un gros soupir, et :

-        Excusez-moi.

Il fit un retour en arrière, appuya sur une autre photo et dit :

-        Voilà ce que j’ai raté… C’est ma sœur.

Une jeune lui ressemblant étonnamment jouait avec ses enfants, qui culbutaient dans l’herbe lors d’une partie de campagne.

-        Je peux soit voir les miens en train de vivre, ou leur passé récent, soit faire défiler des photos. Depuis qu’elle est mère, je respire, car ma petite sœur faisait de la moto… Je préfère la voir ainsi, heureuse sur Terre.

-        Ça ne vous fait pas mal au cœur ? demanda doucement Anthéa.

-        Quelquefois, si. Et mon frère n’avait que quinze ans, quand je suis mort… Mais ici, j’ai mes potes, morts avec moi.

Les Po-Toliens se regardèrent, n’osant parler.

-        Il n’y a jamais de dysfonctionnements ? demanda enfin Byzix.

-        Jamais.

-        Les amis… rentrons, dit Anthéa.

Tous acquiescèrent et, ne sachant où aller, Maria les suivit. Elle et Miguel déposèrent les Po-Toliens à l’association de l’amitié, où il retrouva son vélo.

-        Ah, c’est ça, un vélo ! s’exclama Lantar. Mais comment tenez-vous dessus ?

Miguel et Maria se regardèrent, éclatèrent de rire.

-        On va vous montrer ! Maria, où voulez-vous aller ?

-        Avec toi !

Il remarqua le passage au tutoiement, sourit.

-        Mets-toi à l’arrière, mais je monte d’abord.

Au début, avec la belle Italienne derrière lui, Miguel zigzagua quelque peu, puis c’était parti.

-        Salve amigos ! Je reviendrai !

La robe de Maria volait, montrant ses cuisses, tandis que Miguel s’éloignait en pédalant, sous les yeux médusés des Po-Toliens.