La perfide Albion.

 

-        Que c’est beau ! s’exclamèrent en même temps la plupart des Po-Toliens, en descendant du vaisseau sur le site de Stonehenge, alors que resplendissait un arc-en-ciel.

-        Mais que se passe-t-il ? demanda Ollibert. Qu’est-ce ?

-        Regardez à droite et à gauche, répondit Antoinette.

Sous le soleil et la pluie, le site était encore plus magique.

-        Bienvenue en Grande-Bretagne ! dit-elle encore.

-        Que sont ces pierres ? demanda la princesse, subjuguée.

Ils firent fi de la pluie tout en écoutant Antoinette, mais :

-        Je ne vois nulle part la façon d’aller à Londres…remarqua le capitaine. Nous sommes au milieu de nulle part !

Ils durent se rendre à l’évidence : personne ne le savait. Aussi ils repartirent, et franchirent les cent-cinquante kilomètres jusqu’à Londres en un clin d’œil.

 

Le vaisseau se posa à Hyde Park, là où ils trouvèrent de la place, légèrement à l’écart. Quand ils en redescendirent, il faisait une pluie désagréable. Antoinette avait prévu le coup, et un parapluie – mais pour huit ? Et bien entendu, ils n’avaient pas d’argent. Mais les Po-Toliens furent heureux de constater que Miguel avait raison : la pluie n’était que de l’eau, tout simplement.

-        Que cet endroit est vert ! s’émerveilla Anthéa.

-        Il y a même des canards sur l’eau ! se surprit à remarquer Byzix : les volatiles le faisaient rire.

-        Si c’est vert, c’est grâce à toute la pluie qui tombe, expliqua Antoinette. Je suis désolée, il n’y a de la place que pour deux ou trois, sous mon parapluie…

-        Parapluie ? fit la princesse, intéressée.

-        Venez, je vous en prie, lui dit Antoinette. Votre rang…

La princesse sourit, et s’exécuta.

-        Ça mouille ! fit Césig en secouant la tête.

-        Mais ce n’est pas acide, en effet, constata Byzix.

Les Po-Toliens s’enhardirent, et suivirent Antoinette et la princesse, pour sortir de Hyde Park, non sans avoir repéré l’endroit. Antoinette, qui connaissait, saurait de toute façon les mener.

Ils quittèrent l’immense parc et ses statues, pour se diriger vers Buckingham Palace et, de là, obliquer vers la cathédrale. A peine furent-ils sortis du parc, qu’une fumée s’éleva du sol, et Ollibert commença à tousser, puis tous les autres. Antoinette elle-même, qui avait perdu l’habitude de la pollution, finit par en faire autant. Les pots d’échappement semblaient se déverser directement dans l’organisme des Po-Toliens, Césig et Carman toussaient lamentablement. Par réflexe, Antoinette mit une main devant son visage, et la princesse l’imita. Les autres n’en menaient pas large.

-        Bon sang ! s’exclama Carman dans sa langue.

Il n’en pouvait plus, et avec Ollibert, ils éprouvaient une sensation extrêmement désagréable dans leurs poumons.

-        Mes bébés ! lança Anthéa, pliée en deux, les mains sur le ventre.

-        Mon amour !

Des Po-Toliens, c’était Lantar qui résistait le mieux.

-        L’anglais ! Passez à l’anglais ! haleta Byzix dans cette langue.

-        Oui capitaine !!

Chacun retrouva la langue de l’endroit, entre deux quintes de toux, mais Carman et Ollibert eurent l’impression qu’ils allaient cracher leurs poumons.

-        Mes pauvres ! s’exclama une dame entre deux âges en voyant la petite troupe dans cet état.

Elle avait les cheveux roux-orange, et une veste de toutes les couleurs, ce qui fit plisser les yeux de la princesse.

-        D’où venez-vous ? Venez !

Antoinette regarda la dame, un peu méfiante.

-        Mission spéciale, dit-elle.

-        Vous ne pouvez pas rester comme ça ! Suivez-moi !

Ils se retrouvèrent non loin de Buckingham Palace, au vert et à l’abri de la pluie.

-        Oh, merci ! fit Byzix, reconnaissant.

-        De rien. Je m’appelle Linda Carthy, et je n’habite pas loin. Il vous faut un endroit douillet et confortable, j’ai ce qu’il vous faut.

Mais Antoinette se méfiait encore, Linda le comprit vite.

-        Je m’occupe des pauvres de la paroisse, vous pouvez me faire confiance, ajouta-t-elle en montrant la croix autour de son cou.

 

C’est ainsi que les Po-Toliens et Antoinette se retrouvèrent attablés autour de coleslaw, de poulet et de petits pois, mais… rien à voir avec la cuisine de l’association de l’amitié d’Atlantia. Cependant, ils étaient heureux d’être au chaud, dans un endroit agréable aux lumières tamisées.

-        C’est terrible, le mois de mars, par ici, commenta Linda.