l'imagination au pouvoir

20 mars 2023

Autres horizons

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15 mars 2023

De quelques géants... ou pas

Chers lecteurs, et les autres, comme vous l'attendiez sans doute, voici les réponses aux derniers petits jeux. Alors, avez-vous trouvé quelques réponses ? Jugez-en tout de suite :

 

incipit : Le songe d'un homme ridicule, de Dostoievski

 

devinettes : - Il s'agissait de Joachim du Bellay - son chat s'appelait Belaud

L'air des bijoux est de Gounod

- Le nom du marteau de Thor est Mjollnir

- Jean Echenoz s'inspire de NIkola Tesla 

 

QCM : le personnage qui n'est pas un géant est Gulliver 

 

 

Posté par Claire Monelle à 15:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 mars 2023

Point de vue de Sirius, 4° épisode

Le traineau.

 

Décidément, Hans devait lui aussi des explications à la petite troupe d’extraterrestres. Quand il dit qu’en réalité tous vivaient leur après-vie sur Maldek, ceux-ci ne le crurent pas, Anthéa dut lui toucher le bras. 

-          Pourtant vous êtes bien là en face de nous…

-          Je sais. Mais je vous assure que je suis mort. Ça fait même dix ans que ça dure. Dix ans que je suis donc sur Maldek.

-          Maldek serait une planète… commença Byzix, et il secoua la tête. Non, ce n’est pas possible.

-          Il y a d’autres personnes, sur Maldek, qui sont mortes, comme moi, et qui peuvent dorénavant faire ce qui leur plaît.

-          Je demande à voir, déclara Lantar.

-          Mais volontiers. Où voulez-vous aller ? En Amérique ? En Europe ? Rester au Groenland ?

-          Attendez, attendez ! Tout cela est terrestre ! Terrestre ! Je connais la géographie de toutes les planètes connues pour abriter la vie, et l’Amérique, l’Europe, le Groenland sont sur Terre ! contesta Byzix.

-          Maldek est un genre de planète sœur de la Terre, expliqua Hans. Mais ce que je peux faire, est de vous emmener à l’observatoire. Il y en a un pas très loin. Vous rencontrerez d’autres personnes et ferez d’une pierre deux coups, ainsi.

Byzix se tourna vers ses compagnons.

-          Qu’en pensez-vous ?

Lantar accepta tout de suite, et sa compagne suivit son avis. Césig et Carman, voyant cela, dirent oui eux aussi. Puis les regards se tournèrent vers la princesse et son majordome.

-          Quoi, marcher encore dans cette neige, ce froid ?

-          Nous pouvons y aller en traineau, Votre Altesse.

-          Qu’est cela ?

-          Vous verrez.

-          A moins que je prenne mon vaisseau. Nous y serons en deux minutes.

-          De toute façon, je ne peux mettre que deux personnes sur mon traineau.

-          C’est charmant ! railla la princesse. Bon, eh bien Ollibert, nous montons sur le… traineau.

-          Très bien, fit Hans.

Puis chacun se leva, suivant Hans. Ils étaient tous curieux de voir ce qu’était un traineau. Sorti de l’igloo, Hans siffla, et alla prendre l’objet. Quatre superbes chiens huskys apparurent.

-          Oh ! s’exclama Anthéa. Qu’ils sont beaux !

-          Attention ma belle.

-          Ils ne sont pas dangereux, dit Hans. Vous pouvez les caresser.

Anthéa ne s’en priva pas. L’un des chiens lui lécha même le nez. Hans l’installa en dernier sur l’attelage, puis y fit asseoir la princesse et son majordome, indiqua la route au capitaine, et tous partirent. .

 

La princesse hurla.

-          Votre Altesse !

-          Ces chiens vont trop vite ! Et le bruit du vent est insupportable !

-          Moi, j’aime bien ça, reprit Ollibert.

-          Voulez-vous aller plus vite, ou moins vite ?

-          Moins vite, moins vite ! cria la princesse.

Hans Pedersen ralentit l’allure. La princesse put relever la tête, et aperçut le vaisseau spatial dans le ciel. Elle eut un gros soupir.

-          Je comprends madame votre mère, fit Ollibert le plus bas possible, puis : Les voyages forment la jeunesse.

-          Je crois que Mère veut se débarrasser de moi. Quelle terre inhospitalière !

Hans riait sous cape. Il avait compris. Il avait vu le vaisseau, et s’étonnait : l’équipage aurait dû aller sur Terre, pas sur Maldek. A ses questions, Ollibert répondit prudemment qu’ils étaient en mission de reconnaissance. Il y eut un échange entre les deux hommes, puis Hans remarqua :

-          Mais vos compagnons doivent être déjà à l’observatoire. Votre Altesse, accrochez-vous, sinon nous n’y serons jamais !

-          Oh non ! Monsieur Pedersen, je vous ordonne de… Aaah !

L’attelage était reparti, et Ollibert regarda Hans d’un air entendu…

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04 mars 2023

Ah, je ris...

Chers lecteurs, une brusque envie de coller vos amis avec un petit jeu ? Une soirée pour coincer votre belle-famille ? Et briller en société ? J'ai une solution pour vous... Vous le savez, j'aime à brasser les époques, varier les plaisirs, donc vous rencontrerez Thor, un mystérieux physicien, et même la Castafiore, dans cette sélection ! En outre, je vous ai trouvé un incipit "trop fass'!" , comme disent les enfants de maintenant... (personnellement, j'en étais restée à "fastoche"... Et vous ?). Evidemment,les difficultés sont variées. Et si vous hésitez, replongez-vous donc dans vos classiques... ça en fait, des (re)lectures en perspective ! 

Et amusez-vous bien. 

 

incipit : "Je suis un homme ridicule."

 

devinettes : Qui a écrit Défense et illustration de la langue française ? - connaissez-vous le nom de son chat ?

De quel compositeur est L'air des bijoux si cher à la Castafiore ? 

Quel est le nom du marteau de Thor ?

De quel personnage réel, ingénieur et physicien, s'inspire Jean Echenoz dans Des éclairs ?

 

"QCM" : Lequel de ces personnages n'est pas un géant vis-à-vis des Terriens ?

Micromégas

Gulliver

Pantagruel

 

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26 février 2023

Eclats

Berceuse bretonne.

 

-          Viviane, tu veux bien me passer le dossier N2152130, de monsieur Lepetit, s’il te plaît ?

-          Ah, aujourd’hui je suis visible, en conclut Viviane en son for intérieur, et elle se leva de son bureau. Oui, répondit-elle.

-          Tu sais où il est ?

-          Oui, bien sûr, je l’ai rangé ce matin, répondit encore Viviane. Le sinistre n’est pas réglé ?

-          Oh, juste un détail à vérifier…

-          Sale histoire, ce cambriolage. Quand je pense que je vis dans le même quartier que ce monsieur… fit la troisième secrétaire.

Toutes trois se regardèrent, baissèrent les yeux. Viviane aurait voulut réellement faire comprendre à sa collègue et à sa supérieure que le fait que le voleur soit turc ne changeait rien, que c’était un homme comme les autres, que les Français n’étaient pas plus malins. D’ailleurs, il avait été cueilli par la police en trimballant un ordinateur de manière suspecte. Elle trouva le dossier, et le tendit à sa supérieure, qui la remercia. Puis elle retourna à son poste, car elle avait du travail avec de nouveaux dossiers. Toutes ces données à saisir…

Vers la fin de la journée, le patron fit le tour des bureaux, comme à son habitude, distribuant, selon les cas, remerciements ou remarques acides. Il vit à peine Viviane, comme souvent, ou évitait-il son regard ? Elle ne le savait pas, et eut un soupir de soulagement quand il sortit de leur bureau.

Sur le chemin du retour, elle mit de la musique un peu joyeuse, mais n’avait guère envie de chanter, alors qu’en voiture, elle aimait cela, et pas seulement pour décompresser. Cela lui évitait de trop penser, car elle ressassait beaucoup sa vie, ce qui la déprimait, tant elle la jugeait négative. Viviane s’estimait heureuse d’avoir une bonne place, mais à part ça, sa vie lui semblait vide de sens. Observer ses poissons l’apaisait, et une fois chez elle, elle s’abîma dans cette contemplation. Glaucus, le plus gros, un poisson aux écailles argentées, se mit à la regarder avec ses grands yeux, tandis que Nérée se cachait dans un bouquet d’algues. Ce dernier faisait rire sa maîtresse, en plus il avait des couleurs chatoyantes, était vraiment joli. Même si Viviane ne pouvait pas tellement les toucher, c’était comme un véritable échange. Elle-même n’était pas obligée de leur parler, mais comme elle n’avait qu’eux, cela lui arrivait tout de même régulièrement. Avec Glaucus et Nérée, ou bien toute seule. Mais surtout, Viviane chantait. Très souvent. Les coups de cafard étaient nombreux, mais elle se remettait ainsi, en écoutant et en chantant, en espagnol, en portugais ou en italien. Les cultures latines la faisaient fantasmer. A vrai dire, malgré son nom bien français, elle-même pouvait passer pour une méridionale, étant petite, et noire de cheveux comme d’yeux. Elle avait aimé en jouer, par le passé, mais avec sa hanche de travers, personne ne s’était jamais senti attiré, ou c’était du moins son impression. On s’était toujours moqué de sa démarche, alors qu’elle ne pouvait rien y faire. Gênée pour faire du sport du fait de cette hanche, elle était devenue ronde. Joliment ronde, mais…

-          Glaucus ! Nérée ! Aidez-moi…

Nérée sortit de son bouquet d’algues, faisant scintiller son corps, et Viviane l’admira, ce qui lui fit du bien.

-          Que tu es beau, Nérée ! Mes petits dieux…

Viviane regrettait quelquefois de préférer les poissons aux chats, ces derniers étant facilement caressables, et si doux ! Elle soupira, pensa à sa meilleure amie, morte deux ans plus tôt dans un accident horrible, à l’âge de quarante-sept ans seulement, et qui lui manquait tant ! Leurs longues conversations, sa chaleur lui manquait. Alors Viviane se leva, pour se préparer une boisson chaude, et ainsi se reprendre. Elle ne pouvait plus appeler son père, à cause d’un Alzheimer avancé, car il ne la reconnaissait pas, pas plus que ses frères, tous deux plus âgés qu’elle. Leur mère était morte quelques années auparavant, et elle était si douce, Viviane s’était toujours sentie en sécurité, dans ses bras. La perdre avait été terrible, pour elle qui était restée célibataire toute sa vie.

Tout en buvant son lait au miel, ses pensées se mirent de nouveau en branle.

-          Comment vas-tu aujourd’hui, ma Viviane ?

Elle n’y prenait plus garde, répondit dans ce dialogue étrange :

-          Comme d’habitude. Je pense à ceux que j’ai perdus, et qui me manquent… Mais tu es là…

-          Oui, je suis là.

-          Si seulement tu pouvais te matérialiser, et me prendre dans tes bras, Salvatore...

Viviane imaginait même son accent italien, léger, chantant.

-          J’aimerais bien… mais ce n’est pas possible. Je ne suis que le fruit de tes pensées…

Elle soupira.

-          Je t’aime, Salvatore, ti voglio bene…

-          Tu ne vas pas bien.

-          Bof... Mon patron me met mal à l’aise, mais ce n’est pas nouveau.

-          Tu crois qu’à cinquante ans, tu pourrais encore devenir chanteuse ?

-          J’aurais voulu être comme Agnès Jaoui… mais elle est plus belle que moi, et il y a une chose que je ne peux pas faire, c’est actrice…

-          A cause de ta hanche ?

-          Oui.

-          Mais Agnès Jaoui chante, signe des scenarii, et réalise des films, aussi…  Tu n’as peut-être pas fait les bonnes études.

-          Va-t-en, Salvatore.

-          Ti voglio bene…

-          Va-t-en, répéta Viviane, des larmes dans les yeux, et elle termina sa tasse.

Mais en se couchant ce soir-là, elle pleura pour de bon… Ce qu’elle s’interdisait de faire au travail, ou en public. Seuls Glaucus et Nérée pouvaient être témoins de ses larmes. Mais des poissons ne pouvaient rien y faire… Viviane avait peur de devenir visible en de tels moments. Elle voulait se montrer sous son meilleur jour, mais elle avait surtout la sensation d’être une extraterrestre. Faire des études universitaires, pour se retrouver à un poste d’obscure secrétaire ?

Le lendemain matin, elle avait l’impression d’être un zombie, ayant pleuré une partie de la nuit. Elle se maquilla un peu plus, sachant que de toute façon, son patron y serait insensible, et que ses collègues n’y prêtaient pas attention. Mais ce matin-là, à son arrivée, le patron leva le nez sur elle.

-          Bonjour Carabosse ! Prête à travailler ?

Viviane se retint de lui dire qu’elle lui ficherait bien son balai quelque part, et baissa les yeux. Elle se contenta d’un « hum hum », et alla droit à son poste, derrière son ordinateur, d’où on ne la verrait plus. Et toute la journée, elle resta stoïque. A la pause de midi, elle resta avec ses pensées, c’est-à-dire avec Salvatore, dans un coin de la compagnie, faisant tout pour ne pas pleurer. Elle ne craqua qu’une fois rentrée chez elle. Heureusement, encore, que son patron n’en avait pas rajouté  au moment de faire son tour habituel des bureaux à la fin de la journée.

Le jour suivant, cela commença mal, bien que Viviane ait bien mieux dormi : la batterie de sa voiture était à plat, et elle ne voulait pas arriver en retard à son travail, se disant que ce serait mal vu. Elle prit donc les transports en commun, mais fut à son poste avec un quart d’heure de retard. Quand son patron la rabroua, elle le traita de Séraphin Lampion en essayant de plaisanter.

-          Ce personnage est moins bête qu’on ne le pense, dit alors le patron.

-          Peut-être, mais quel sans-gêne ! Et j’aime la réaction du capitaine, à lui parler d’assurance anti-casse-pieds…

Le patron éclata de rire.

-          L’avenir des assurances est dans tous les sans-gêne ! fit-il. Et merci de m’avoir déridé… Je préfère ça, que de vous voir lire vos livres dont je ne connais même pas les auteurs…

Viviane haussa les épaules.

-          Nous ne sommes pas du même monde, monsieur Demors.

-          C’est bien possible… et maintenant, dépêchez-vous ! On vous attend.

Mais Viviane, si elle fila droit, n’était pas mécontente d’avoir été visible à cause de son retard. « Et si… » se dit-elle, mais elle se reprit ; non, elle voulait arriver à l’heure. Elle tenait à sa place, craignant les conséquences de retards répétés, par exemple, la paye étant plus que correcte pour une femme seule.

Le midi, en se levant de son poste pour aller déjeuner, elle avait un petit sourire, et :

-          Principessa mia, je suis content de te voir ainsi...

-          Salvatore ! murmura Viviane. Peux-tu me… prendre dans tes bras ?

Et elle ferma les yeux, faisant comme s’il y avait une vraie présence masculine, douce, tendre avec elle.

-          Viviane ? fit sa supérieure en s’approchant, et elle sursauta.

-          Oh ! Pardonnez-moi, Sophie. Il y a un travail à faire ?

-          Non... tu as mal dormi ?

-          Ou… oui. Ou plutôt, non, je…

Devant l’embarras de sa collègue, Sophie préféra s’abstenir de poser des questions, malgré son air interrogateur.

-          Si tu as besoin de quelque chose, dis-le-moi, se contenta-t-elle de dire.

-          Merci, c’est gentil.

Mais Viviane savait qu’elle n’en  ferait rien… Après son repas, qu’elle avait pris tout en dialoguant avec Salvatore, elle sortit son livre du moment, un ouvrage de linguistique, tout à fait incongru dans une compagnie d’assurances. Et le patron la vit…

-          Mais vous ne lisez pas Tintin !

-          Maintenant, je lis sur Tintin. Et la linguistique est passionnante. J’en suis sur les mots d’origine espagnole en français.

-          A quoi ça vous sert ?

-          Je suis curieuse, tout simplement.

-          Vous avez insinué, cette semaine, que même des étrangers pouvaient être des gens bien.

-          Ça vous dérange ? rétorqua Viviane, piquée au vif.

-          Alors vous avez raison, nous ne sommes pas du même monde. A plus tard, mademoiselle Gouanec.

-          A plus tard, monsieur Demors.

Viviane décida de ne pas y prêter attention, termina sa lecture peu après, et elle reprit son poste. Pourtant, l’incident tournait dans sa tête, alors qu’elle aurait  voulu l’oublier. En plus, Sophie s’était peut-être rendu compte de quelque chose, en la voyant les yeux fermés pour imaginer Salvatore auprès d’elle. Tout cela la turlupinait, et Viviane but un peu d’eau, se reprit enfin, peu à peu, pour être plus à son travail.

Mais lors de sa tournée des bureaux, le patron la toisa du regard, la mettant mal à l’aise, elle qui n’avait pas l’habitude d’être visible.

-          Eh bien, qu’est-ce qu’il y a, j’ai un bouton sur le nez ?

-          Oh non… non, vous n’êtes pas normale, voilà tout.

-          Parlez-moi plutôt de mon travail, monsieur Demors, osa Viviane.

-          C’est bon… je ne vous reproche rien. Simplement, vous n’êtes pas normale.

Viviane encaissa, ne trouvant rien d’autre à répondre. Elle se sentit très seule, tout à coup. En allant vers l’arrêt de bus, Salvatore lui parla, le seul à être vraiment gentil. Et les larmes commencèrent à pointer, alors qu’elle était dans un coin. Viviane se sentit aussitôt la proie de tous les regards, voulut se retenir. Le plus discrètement possible, elle sortit un mouchoir, voulant s’essuyer les yeux.

-          Ça ne va pas, madame ?

Ce n’était même pas un homme, mais une vieille dame avec un sourire qui se voulait doux. Viviane n’eut pas le temps de porter le mouchoir à ses yeux, que les larmes coulaient pour de bon, et elle réprima un cri de honte. Et puis elle ne se retint plus, éclata :

-          Laissez-moi ! Je sais que je ne suis pas normale, d’ailleurs je ne suis pas madame, mais mademoiselle ! Alors fichez-moi la paix !

Elle aurait voulu ne pas hurler, mais c’était sorti sans prévenir, et elle resta pantelante. La vieille dame, pleine de sollicitude, posa une main sur le bras de Viviane.

-          Et lâchez-moi ! Je ne suis pas une petite fille ! Occupez-vous de vos oignons !

-          Mais je…

La vieille dame s’interrompit, comprenant enfin que ses gestes étaient malvenus.

-          Excusez-moi, dit-elle alors.

-          Je ne veux pas de votre pitié !

Viviane en tremblait, et les larmes coulaient, coulaient sans qu’elle puisse les arrêter. Quelques passagers la regardaient, surpris, puis retournaient à leurs smartphones sans y prêter davantage attention.

-          Vous descendez bientôt ? tenta la vieille dame. Je crois que vous devriez prendre un bon bain, vous détendre…

Mais Viviane, en pleurs, honteuse, se fit encore plus petite qu’elle n’était, malgré ses tremblements, murmurant le nom de Salvatore. Elle descendit trois arrêts plus loin, et se dépêcha de rentrer chez elle.

A peine eut-elle franchi sa porte, qu’elle ferma avec rage, elle explosa littéralement.

-          Pas normale ! Ha ! Et lui, il est normal, peut-être, avec ses réflexions ?! Mais quel connard ! On va voir, qui est le plus normal ! Ce type n’est pas humain ! Et il bosse dans les assurances ! Sale type !

Viviane ne contrôlait plus rien. Elle arracha sa veste, qu’elle jeta sur le canapé et, prise d’une folie subite, se mit à boxer tout ce qui lui tombait sous la main, coussins, une petite lampe qu’elle cassa, tout en criant :

-          Pas normale ! Pas normale ! Et se foutre des handicapés ! Tiens, je préférais encore quand il ne me voyait pas ! Triple buse !

Tous les meubles prenaient des coups de pied, les coussins volaient, et une jolie assiette familiale valsa, pour se fracasser non loin de l’aquarium. Et Viviane hurlait encore : « Pas normale ! Pas normale ! Et Carabosse ! » Elle était tellement en rage, qu’elle n’avait pas pris le temps d’enlever ses chaussures, et ses talons martelaient l’assiette tombée à terre. Le vieux service à thé de la famille Gouanec fit aussi les frais de sa colère, de son désespoir. Nérée, et même Glaucus, s’étaient cachés dans leur bouquet d’algues, d’autant que le poing de Viviane faillit s’abattre sur l’aquarium, alors qu’on sonnait à la porte. Viviane fut surprise, retint tout à coup son geste, et alla ouvrir, surprise car elle n’attendait personne. Elle reconnut son voisin du dessous, qui n’aimait pas trop sa musique brésilienne…

-          Oui ? fit Viviane en essayant de se dominer. Qu’y a-t-il, monsieur Rochas ?

-          Vous faites beaucoup de bruit, je…

-          Je ne suis pas normale ! Là, vous êtes content ?!

Monsieur Rochas regarda sa voisine, ses longs cheveux noirs tout hérissés, elle-même avec le visage très rouge, d’autant que le maquillage avait coulé, et il la considéra comme s’il était face à une Méduse moderne, littéralement pétrifié.

-          Eh bien quoi ? Le bruit ne vous plaît pas ? Eh bien, à moi non plus ! Maintenant, laissez-moi !

Alors monsieur Rochas se décida, et entra dans l’appartement, comprenant.

-          Vous n’allez pas bien, mademoiselle Gouanec, déclara-t-il. On ne détruit pas son espace de vie ainsi, quand on va bien. Parlez-moi. Que se passe-t-il ? Vous savez, j’ai été psychologue…

-          Je n’ai pas besoin de… commença Viviane.

Mais son voisin, avec son air bonhomme et sa barbe grise, savait qu’il inspirait confiance, et il en joua. Il la prit dans ses bras en prenant un air apaisant, ce à quoi Viviane ne s’attendait pas du tout. Elle murmura le nom de Salvatore pour elle, que monsieur Rochas n’entendit pas. Il prenait aussi un ton apaisant, lui caressa les cheveux. Cela émut d’autant plus Viviane, qui était très étonnée de sa réaction, et elle fondit en larmes, silencieusement. Monsieur Rochas laissa faire, et ne la lâcha que quand il la sentit plus calme. Alors Viviane s’essuya les yeux, le regarda, encore un peu perdue.

-          Voulez-vous que ma femme s’occupe de nettoyer votre appartement ? Vous n’êtes pas dans votre état normal, j’aurais dû le comprendre.

Viviane ressentit tout à coup une grande honte, baissa le nez.

-          Oh, non, il ne vaut mieux pas… répondit-elle.

-          Ce n’est pas une honte, de craquer. Et je ne vous demanderai pas pourquoi. Mais vous devriez au moins voir votre médecin. Si vous voulez, je vous y emmène.

Viviane était gênée, mais comprit l’étendue des dégâts, en retournant dans sa salle à manger. Glaucus et Nérée la regardaient, leurs yeux grands ouverts. Alors elle les regarda, respira un grand coup, et accepta la proposition de son voisin. Une heure plus tard, elle était dans le cabinet de son médecin. Cette dernière prit sa tension, qu’elle trouva élevée, et comprit que le problème était psychologique.

-          C’est votre situation familiale, qui vous préoccupe ? Comment va votre père ?

-          Son état est stationnaire. Il ne reconnaît plus personne depuis longtemps…

-          Et votre travail ?

-          Là, bof…

Viviane lui raconta comment cela s’était passé les jours précédents, puis la crise qu’elle venait d’avoir.

-          Vous êtes très perturbée.

-          Je suis une femme seule. Avec deux poissons. Mais je me demande si je n’aurais pas dû prendre un chat. Faute d’homme réel.

-          Réel ? releva le médecin.

Viviane comprit qu’elle s’était trahie, mit une main devant sa bouche.

-          Allez-y. Que vouliez-vous dire ? Je suis médecin, je peux tout entendre.

Mais Viviane se reprit à trembler. Son médecin la regardait, semblant comprendre.

-          Vous avez dit que vous étiez une extraterrestre… mais qu’est-ce qui vous fait dire cela ? Et qu’est-ce qu’un homme… virtuel ? Est-ce bien ce que vous voulez dire ?

-          Non, je… je veux dire qu’il sort de mon imagination. C’est un bel Italien, il s’appelle Salvatore. Salvatore Pinelli. Il vit à Florence.

Le médecin cligna des yeux.

-          Vous faites comme s’il était réel…

Viviane regarda ses pieds.

-          Oui. C’est… une façon d’être… comme tout le monde ? Déjà que je n’ai pas eu d’enfants…

-          On n’est pas obligé d’avoir des enfants, ni même un homme dans sa vie, mademoiselle Gouanec. Le problème est de trouver sa place dans la société. Allez-vous quelquefois avec des amis, votre famille… ?

-          Mes amis ne sont finalement que des connaissances. Je suis dans une chorale, j’aime chanter, ça me fait du bien. Mais il y a ma hanche, faire du sport m’est trop compliqué, et puis… marcher de travers, ça me semble rédhibitoire.

-          Je comprends. Et à présent, comment vous sentez-vous ?

-          Encore moins normale qu’avant.

Le médecin posa encore quelques questions, pour savoir si elle pleurait souvent, refit parler Viviane de sa crise de tantôt. La dernière question du praticien l’étonna.

-          Depuis combien de temps n’êtes-vous pas allée vous changer les idées au vert, à la mer, à la montagne ?

-          Oh… commença Viviane et puis elle dut réfléchir. Depuis l’été dernier, quand je suis allée en Bretagne voir une tante.

-          Ça fait donc trois ou quatre mois. Vous savez, s’aérer la tête est une excellente thérapie. Si en plus vous avez de la famille en Bretagne… De toute façon, si votre patron est un imbécile, vous tenir à l’écart quelques temps lui permettra d’oublier ses paroles blessantes.

-          Mais docteur, il ne s’en est même pas rendu compte !

-          Vous êtes nerveuse dès que vous en parlez, mademoiselle Gouanec. Vous avez besoin de vous déconnecter, je vous signe un arrêt maladie, et vous allez en Bretagne voir des gens qui vous font du bien.

Viviane regarda le médecin, perdue.

-          Mais je ne suis pas malade !

-          Peut-être, mais vous pourriez le devenir. Mieux vaut agir maintenant, avant que tout cela ne dégénère. Je doute que vous ayez envie de prendre des antidépresseurs…

Le médecin comprit qu’elle avait touché juste, à voir la tête de sa patiente. Le traitement fut donc léger, et Viviane sortit du cabinet avec un arrêt maladie de trois semaines. Son voisin, qui l’avait emmenée, en fut soulagé pour elle, et Viviane résolut de l’inviter à dîner le lendemain soir, en plus il lui prêta main forte pour recharger sa batterie de voiture.

Trois jours plus tard, Viviane était chez la même tante, Mathilde, en Bretagne Bien que l’automne fût bien avancé, elle alla très vite mettre les pieds dans la mer. Elle fit aussi de courtes promenades dans la campagne bretonne. Mathilde essayait de la faire parler mais, honteuse, Viviane ne lui dit pas un mot au sujet de Salvatore, de ses fantasmes. Elle ne s’en était jamais vantée, déjà qu’elle disait être une extraterrestre… Et cela, Mathilde le comprit bien, d’autant que, en revanche, Viviane lui parlait volontiers de monsieur Demors, de ses collègues. Un soir, Mathilde chanta une berceuse bretonne, avant d’aller au lit.

-          C’est beau ! Avec ça, je vais faire de beaux rêves…

-          Mais c’est le but, ma chérie, lui dit doucement Mathilde. Je l’ai toujours chantée, à tes cousins. Les berceuses apaisent l’âme, j’en suis convaincue. Je le disais à ta m…

Mais elle s’interrompit brusquement, voyant Viviane dodeliner de la tête, et de peur de lui parler de sa mère disparue. Cela avait été un tel drame, pour elles deux !

-          Tu es encore une petite fille, Viviane, se reprit-elle. Je te souhaite une belle nuit, pleine de jolis rêves…

Cette nuit-là, Viviane vit Salvatore Pinelli lui apparaître dans ses rêves, séduisant, les yeux noirs pétillants, un début de calvitie.

-          Enfin, ma belle Bretonne ! Seras-tu mon Yseut à moi ?!

Dans son rêve, Viviane se laissa aller, eut un long baiser avec son bel Italien. C’était si bon, qu’elle se sentait défaillir.

-           Je veux rester avec toi, lui disait-elle, pendue à son cou.

-          Alors donne-moi ton cœur, demanda Salvatore.

-          Tu l’as.

Et, au comble de la félicité, Viviane s’éteignit, et ne se réveilla pas.

 

© Claire M., 2020

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21 février 2023

Cthulhu is waiting...

Lovecraft : race, logos et technique | Accattone

H. P. Lovecraft (1890 – 1937)

 

Howard Phillips Lovecraft est né le 20 août 1890  à Providence (Rhodes Island), aux Etats-Unis, de Winfield Scott Lovecraft, et de Sarah Susan Phillips.

Son enfance est marquée par la mort, de son père en 1898, alors qu’il a emménagé avec sa mère, dans la famille Phillips, toujours à Providence.

Sa grand-mère maternelle meurt en 1896. Lovecraft en sera traumatisé, terrifié par les vêtements noirs. C’est alors un enfant nerveux, donc, à ses dires, indocile et  agité, sensible dans sa manière de réagir aux événements. En 1904, c’est au tour de son grand-père maternel de mourir, alors qu’il a été un homme déterminant dans la vie du jeune Lovecraft, l’incitant à lire dans sa grande bibliothèque.  H. P. Lovecraft avait une santé fragile, et est aussi marqué par la décrépitude physique de son père, et le déclin social de sa famille.

Il pense ne pas avoir besoin de l’école (il n’y est presque pas allé), y substituant les livres, voulant ainsi se cultiver et devenir l’égal des adultes. Malheureusement, du fait de sa santé, il doit abandonner le projet de faire des études à l’université. C’est pourquoi, les années suivantes, il vit reclus et lit intensément. Puis il adhère à l’UAPA (The United Amateur Press Association), où il se fait quelques amis, et dont il obtient la présidence en 1917. Pour pouvoir vivre, il révise des manuscrits, devient nègre littéraire.

Dès 1904, il rédige une ébauche de son conte La bête dans la caverne, qu’il terminera l’année suivante. Il écrit donc très tôt, et y est encouragé par l’UAPA. Dagon est son premier texte publié, dans la revue The Vagrant, en 1919, puis dans Weird tales en 1923. H. P. Lovecraft écrit aussi des poésies, mais ne rencontra pas le succès de son vivant.  Toutefois, ses contes horrifiques seront publiés, dès 1922, dans des magazines exclusivement, des pulps (pulp magazines, publications pas chères et de mauvaise qualité matérielle, très populaires aux Etats Unis au début du XX° siècle). Ainsi, le cycle de Cthulhu paraît dans le numéro de février 1928 de Weird tales : le mythe de Cthulhu et des Grands Anciens est né, la légende du Necronomicon… Ceux composés par H. P. Lovecraft sont au nombre de 13, et seront plus tard prolongés par des auteurs tels que, notamment, August Derleth, qui deviendra son éditeur après sa mort, et fondateur de la maison d’édition Arkham House, ou Robert Howard…

En 1921. Lovecraft rencontre Sonia Greene, qu’il épouse en 1924, et le couple s’installe à New York,  à Brooklyn. Mais, après que Sonia a quitté son mari, ce dernier prend New York en horreur, aussi à cause de difficultés financières du fait qu’il n’arrive pas  à trouver du travail. Il finit donc par quitter la ville, pour Providence, en 1926, où il s’installe chez une de ses tantes, sa mère étant morte en 1921.

Jusqu’à sa mort, il écrit énormément, entretient une correspondance avec Derleth, tous  ceux qui lui ont fait confiance, Robert Howard, et aussi Clark Ashton Smith, Frank Belknap …

H. P. Lovecraft meurt à Providence, le 15 mars 1937, d’un cancer. Mais son œuvre, très originale, devient prégnante, et n’a connu une forte notoriété qu’après la mort de son auteur. Elle a  été prolongée, August Derleth s’y étant personnellement impliqué, par les mêmes auteurs qui étaient des amis de Lovecraft.

 

Pour commencer, je vous conseille les nouvelles du cycle de Cthulhu, à commencer par L’appel de Cthulhu. Et Dagon, paru chez J’ai lu. Pour prolonger le plaisir, il existe chez Pocket 2 tomes des Légendes du mythe de Cthulhu, où vous trouverez les textes des continuateurs de Lovecraft. Vous pouvez aussi trouver ses œuvres dans la collection Bouquins.

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16 février 2023

Point de vue de Sirius, 3° épisode

L’apéro.

 

-          Volontiers, reprit l’autochtone, épaté d’une telle rencontre. J’ai un très grand igloo, vous y serez au chaud. Vous n’êtes pas aussi couverts que moi…

Et effectivement, la différence était criante, entre les fourrures de l’un, et les tenues de voyage, plus confortables, permettant les mouvements, des Po-Toliens. Ces derniers risquèrent un sourire, et Carman demanda :

-          Comment vous appelez-vous ?

-          Hans. Hans Pedersen.

-          Enchanté. Appelez-moi simplement Carman.

Et il tendit une main. Hans hésita, et la lui serra. La main de Carman était chaude et douce, et il en fut surpris.

-          Vous êtes vraiment des extraterrestres ?

-          Du système de Sirius, précisa Ollibert.

-          C’est curieux. Enfin, depuis que je suis sur Maldek, je ne m’étonne plus de rien...

-          Comment cela ? s’étonna Byzix.

-          Je vous expliquerai.

-          De toute façon, mon copilote, et la princesse Balea, ne vont pas tarder.

Bientôt, tous deux apparurent, la princesse emmitouflée dans un immense manteau gris, et Césig, hilare. Son capitaine lui indiqua la langue dans laquelle s’exprimer, mais tout à coup, Césig sursauta.

-          Mais capitaine ! Le Danemark est sur Terre, et ici, nous sommes sur Maldek !

-          Ecoutez, voici Hans Pedersen, il va sans doute nous expliquer ce mystère.

-          Oui, suivez-moi. Mon igloo n’est pas très loin.

Et le petit groupe suivit donc le trappeur.

Hans Pedersen, qui devait bien faire un mètre quatre-vingt, dut se baisser pour entrer dans son igloo, ce qui fit pouffer de rire Lantar et Anthéa, discrètement. Une fois à l’intérieur, le géant danois ôta son manteau, puis les fit asseoir.

-          C’est étonnant, qu’il fasse aussi chaud ici, déclara Anthéa en enlevant deux boutons de son gilet.

-          Pas du tout, madame. C’est étudié pour.

Byzix avoua son incompréhension, mais Hans Pedersen ouvrit un petit bar, pour proposer à boire. Tous acceptèrent avec joie, sauf Anthéa, qui se méfia du fait de sa grossesse. Hans lui versa une limonade. De leur côté, Byzix et Césig cherchaient vainement, des yeux, un branchement quelconque, à cause de la présence de quelques appareils électriques. Ollibert servit le reste des boissons, et Hans sortit de quoi grignoter, chips, rollmops, cornichons. Il  fit un beau sourire à Anthéa pour se racheter du meurtre de l’ours blanc qui l’avait accueillie, et lui tendit le plateau. Naturellement,  nos Po-Toliens débarquaient tout à fait.

-          Drôle de façon de faire un repas, dit la princesse sans quitter son air pincé.

-          Ce n’est pas un repas, mad… euh, Votre Altesse, mais un apéritif. Servez-vous.

-          Ollibert, voulez-vous bien vous servir et me dire quel goût ça a.

-          Votre Altesse ! gronda Byzix.

-          Quoi ?

-          Mangez, et ne faites pas d’histoires. Ce serait très discourtois.

-          Discourtois ?

-          Je vous en prie, Votre Altesse !!

Balea prit un cornichon, et à l’exemple d’Hans, croqua dedans.

-          Ça pique !

Byzix la foudroya du regard, mais Hans le prit à la rigolade, et ne se vexa pas. La princesse avala tout de même son cornichon.

-          Hum, l’arrière-goût, finalement…

En revanche, cela plut beaucoup à Lantar et Carman, et Anthéa ne fit pas de manières. Ils goûtèrent de tout, et Césig avoua qu’il appréciait particulièrement les chips. Hans les observait, goguenard.

-          Bon, venons-en au fait, dit  enfin Byzix. Votre installation est rudimentaire, et pourtant vous avez un écran sans fil et…

-          … des coussins confortables, compléta Césig.

Cette sortie fit rire l’assemblée.

-          Je suis sérieux, capitaine.

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10 février 2023

Ordonnance littéraire

Cela faisait un moment que je ne l'avais pas fait... Que diriez-vous de vous dérider un peu ? Avec des livres, s'entend. Quelquefois des jeux pour se triturer les méninges (il n'y a pas que le sudoku...), ou, encore mieux, rire un bon coup en lisant, et pourquoi pas en partageant vos lectures, même avec un chat ! (ils ont bien mérité du Baudelaire, non ?). Je vous ai donc préparé un amour de petite liste, plus deux bonus pour ceux qui ont envie d'autres horizons. 

Je vais d'ailleurs commencer par là : le dernier Annie Ernaux, très court, âpre, simple. C'est clinique, mais j'aime cette écriture (définie dans cet autre titre, L'écriture comme un couteau, des entretiens). L'histoire de Le jeune homme est très simple, si tant est qu'il y en ait réellement une. C'est un prétexte  à récit. Ceux qui s'intéressent, comme moi, à la mythologie et à ses réécritures modernes, apprécieront Galatée de Madeline Miller. Ces deux livres sont (seront) vite lus, aussi courts l'un que l'autre. Histoire de joindre l'utile à l'agréable, j'ai acheté ce deuxième livre dans la langue d'origine, en anglais (l'autrice est américaine). 

Impossible de rater, évidemment, le nouveau livre de Daniel Pennac, qui clôt (je crois ?!) le cycle de la famille Malaussène : Terminus Malaussène. J'y vais tellement en confiance, que je me le suis procuré sans aller chercher plus loin : je sais que je vais rire. Idem avec Philibert Humm et son Roman fleuve, dans le droit fil de Jerome K. Jerome. En plus, même le livre en lui-même est un bel objet. J'aurai plaisir à le lire. Il va sans dire qu'une fois dans mes mains, je commence par feuilleter mes achats ( par correspondance, non, je n'ai pas peur), grappille quelques phrases, et ris déjà... Il est aussi, d'une certaine façon, sous le parrainage de Sylvain Tesson, dont la lecture est par ailleurs hautement recommandable... Un autre rigolo, et néanmoins érudit, qui nous a quittés l'année dernière sans crier gare, Jean Teulé, avait pour dernier roman Azincourt par temps de pluie, sur la bataille d'Azincourt au Moyen âge, sur lequel je m'étais jetée, connaissant son humour. Et je n'ai pas été déçue ! C'est ma soeur qui m'avait parlé de lui, il y a plusieurs années... et je suis loin d'avoir lu toutes ses oeuvres. Du plaisir en perspective, bien que certains livres soient "trash". Mais il faut que je me calme, car ma bibliothèque finit par exploser... Un petit dernier pour la route quand même, avec mes chers Scandinaves : Douce, douce vengeance de Jonas Jonasson. Là aussi, je l'ai acheté en confiance, mais il est en attente. 

Car comme vous le savez peut-être, quand je finis de lire un livre, je n'ai pas forcément l'idée du suivant. Alors j'y vais au hasard, à  l'envie. Par associations d'idées. Idem devant les essais.  Quelquefois, faire un choix me fait même un peu peur. Etant chez moi à soigner un genou en capilotade, je lis beaucoup, en ce moment, et écris aussi, cela va sans dire. A quelque chose malheur est bon, n'est-ce pas ? Soyons positifs...

et bonnes lectures. 

Claire M

 

A. Ernaux, Le jeune homme - Gallimard

P. Humm, Roman fleuve - Equateurs

J. Jonasson, Douce, douce vengeance - existe en poche ( le mien : France loisirs)

M. Miller, Galatée - Calmann-Lévy

D. Pennac, Terminus Malaussène - Gallimard

J. Teulé, Azincourt par temps de pluie - Mialet-Barrault

 

 

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05 février 2023

Références

No_

 

Noé

 

jeu_antique

 

jeu antique

 

labyrinthe_moderne

 

labyrinthe moderne

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01 février 2023

Point de vue de Sirius, 2° épisode

Premières rencontres.

 

-           Pardon monsieur, nous venons du système de Sirius, et…

-          Gromp ?!

L’être renifla le petit groupe. Il était tout blanc, grand sur ses pattes et avec une bonne tête de peluche.

-          Carman, voyons, fit la deuxième voyageuse, une petite femme au ventre rebondi, Anthéa. Use de télépathie, avant toute chose.

Carman le fit, et devint perplexe.

-          Cet être n’est pas intelligent. Il n’a pas de pensées.

-          Maldek ! Vous m’en direz tant ! lança la princesse.

-          Gromp umpf ?

Quelque peu perdu, le capitaine Byzix regardait de tous côtés, tout  comme les trois autres hommes de Po-Tolo.

-          En voilà un ! lança tout à coup Lantar.

-          Un quoi, frérot ? demanda Carman.

-          Capitaine Byzix ! Celui-là court très vite !

Mais ils n’eurent pas le temps de réagir, qu’ils entendirent quelqu’un crier, puis une détonation. Le poil blanc de l’être qui était censé, selon Anthéa, leur souhaiter la bienvenue, se trouva maculé de sang, et il s’écroula. La jeune femme s’évanouit, et Lantar la cueillit aussitôt dans ses bras.

-          Mais qu’est-ce qui vous prend ?! lança l’arrivant.  Vous êtes fous !

Mais l’autochtone pila en voyant les Po-Toliens, leurs fronts proéminents et leurs mains à quatre doigts lui mirent la puce à l’oreille. Durant ce court laps de temps, Lantar ranimait sa compagne, qui reprenait couleur.

-          Vous n’êtes pas du coin ? demanda-t-il.

-          Celui-là parle, dit Carman.

-          Je vous confirme qu’il a des pensées, fit Byzix.

-          Dites donc, les rigolos !

Et l’homme pointa sa carabine sur Carman.

-          Civilisation avancée, conclut ce dernier en voyant cela. Ils ont inventé la poudre.

-          Ça dépend, rétorqua Lantar. Sont-ils télépathes ? Et il va falloir ajuster notre langage. Bonjour monsieur, fit-il à l’adresse de l’homme. Nous comprenez-nous ?

-          Je vous demande pardon ?

L’homme était tout décontenancé, baissa sa carabine. Et Lantar se tourna vers ses compagnons.

-          Du danois, fit-il.

Le capitaine Byzix se gratta la tête.

-          Je jurerais que nous sommes sur Terre

La princesse Balea, qui était toute décolletée, avait des frissons, et son majordome lui suggéra d’aller prendre son manteau au vaisseau, ce qu’elle fit effectivement. Après l’échange, et le départ de la princesse, l’autochtone demanda :

-          D’où venez-vous ?

-          Un instant, je vous prie, fit Byzix, et il se brancha sur le danois. Nous sommes un peu lents, excusez-nous, c’est génétique.

L’autochtone réitéra sa question, à laquelle il eut la réponse, cette fois :

-          Nous venons du système de Sirius.

-          Vous vous foutez de moi, n’est-ce pas ?

Pendant ce temps, Anthéa s’était penchée sur l’ours abattu. Des larmes perlaient à ses yeux. Elle l’avait caressé, aussi elle dit :

-          Il était si gentil.

-          Non, il était dangereux, fit l’homme. C’est un ours.

-          Il nous a souhaité la bienvenue.

-          Je vous dis que je vous ai sauvé la vie, mademoiselle !

-          Madame, se rebiffa Anthéa. De plus, je suis enceinte. Et votre… ours a été très gentil.

-          Allons, allons, fit Lantar. Redresse-toi, ma belle. Peut-être nous installerons-nous sur cette terre. Et il se tourna vers l’homme, repassant au danois. Vous n’avez pas d’intentions hostiles ?

-          Nullement. Sauf contre les ours. A vrai dire, j’étais chasseur en Laponie avant d’arriver ici.

-          En Laponie ?

-          Pardon. Vous venez de très loin. Vous ne connaissez pas Maldek.

-          Pas du tout. Et pourtant, ça fait des années que je conduis un vaisseau spatial.

Et Byzix désigna l’appareil, non loin de là. C’était un grand triangle, surmonté d’une boule vitrée, où se trouvait le poste de commande. Byzix appela mentalement Césig, pour lui dire que la population ne semblait pas hostile. Puis il reprit la parole.

-          Mon copilote va venir nous rejoindre, ainsi que la fille de notre Impératrice. Nous aimerions vous parler.

 

 

Posté par Claire Monelle à 11:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]