l'imagination au pouvoir

24 février 2024

Portraits siriusiens

capitaine_Byzix

 

capitaine Byzix de Po-Tolo

 

princesse_Balea

 

princesse Balea de Po-Tolo

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18 février 2024

Légendes...

Et voici, enfin, les réponses aux derniers petits jeux, qui datent un peu, la faute, une fois de plus, à l'informatique et à ses sautes d'humeur...

 

incipit : Vol de nuit d'Antoine de Saint Exupéry

 

devinettes.

-La légende dont Richard Wagner s'est inspiré est celle de l'anneau des Nibelungen.

- Victor Frankenstein est le savant qui a imaginé la créature de cauchemar décrite dans Frankenstein.

- L'auteur de Homère, Iliade est Alessandro Baricco.

- Le Nobel de littérature de 2006 était Orhan Pamuk. 

 

cherchez l'intrus : Seul Rossinante était un vrai cheval (de fiction), dans Don Quichotte de Cervantès. Pégase est le cheval ailé chez les Grecs, et Sleipnir, le cheval d'Odin, a huit pattes. 

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12 février 2024

Le point de vue de Sirius, 23° épisode

La perfide Albion.

 

-        Que c’est beau ! s’exclamèrent en même temps la plupart des Po-Toliens, en descendant du vaisseau sur le site de Stonehenge, alors que resplendissait un arc-en-ciel.

-        Mais que se passe-t-il ? demanda Ollibert. Qu’est-ce ?

-        Regardez à droite et à gauche, répondit Antoinette.

Sous le soleil et la pluie, le site était encore plus magique.

-        Bienvenue en Grande-Bretagne ! dit-elle encore.

-        Que sont ces pierres ? demanda la princesse, subjuguée.

Ils firent fi de la pluie tout en écoutant Antoinette, mais :

-        Je ne vois nulle part la façon d’aller à Londres…remarqua le capitaine. Nous sommes au milieu de nulle part !

Ils durent se rendre à l’évidence : personne ne le savait. Aussi ils repartirent, et franchirent les cent-cinquante kilomètres jusqu’à Londres en un clin d’œil.

 

Le vaisseau se posa à Hyde Park, là où ils trouvèrent de la place, légèrement à l’écart. Quand ils en redescendirent, il faisait une pluie désagréable. Antoinette avait prévu le coup, et un parapluie – mais pour huit ? Et bien entendu, ils n’avaient pas d’argent. Mais les Po-Toliens furent heureux de constater que Miguel avait raison : la pluie n’était que de l’eau, tout simplement.

-        Que cet endroit est vert ! s’émerveilla Anthéa.

-        Il y a même des canards sur l’eau ! se surprit à remarquer Byzix : les volatiles le faisaient rire.

-        Si c’est vert, c’est grâce à toute la pluie qui tombe, expliqua Antoinette. Je suis désolée, il n’y a de la place que pour deux ou trois, sous mon parapluie…

-        Parapluie ? fit la princesse, intéressée.

-        Venez, je vous en prie, lui dit Antoinette. Votre rang…

La princesse sourit, et s’exécuta.

-        Ça mouille ! fit Césig en secouant la tête.

-        Mais ce n’est pas acide, en effet, constata Byzix.

Les Po-Toliens s’enhardirent, et suivirent Antoinette et la princesse, pour sortir de Hyde Park, non sans avoir repéré l’endroit. Antoinette, qui connaissait, saurait de toute façon les mener.

Ils quittèrent l’immense parc et ses statues, pour se diriger vers Buckingham Palace et, de là, obliquer vers la cathédrale. A peine furent-ils sortis du parc, qu’une fumée s’éleva du sol, et Ollibert commença à tousser, puis tous les autres. Antoinette elle-même, qui avait perdu l’habitude de la pollution, finit par en faire autant. Les pots d’échappement semblaient se déverser directement dans l’organisme des Po-Toliens, Césig et Carman toussaient lamentablement. Par réflexe, Antoinette mit une main devant son visage, et la princesse l’imita. Les autres n’en menaient pas large.

-        Bon sang ! s’exclama Carman dans sa langue.

Il n’en pouvait plus, et avec Ollibert, ils éprouvaient une sensation extrêmement désagréable dans leurs poumons.

-        Mes bébés ! lança Anthéa, pliée en deux, les mains sur le ventre.

-        Mon amour !

Des Po-Toliens, c’était Lantar qui résistait le mieux.

-        L’anglais ! Passez à l’anglais ! haleta Byzix dans cette langue.

-        Oui capitaine !!

Chacun retrouva la langue de l’endroit, entre deux quintes de toux, mais Carman et Ollibert eurent l’impression qu’ils allaient cracher leurs poumons.

-        Mes pauvres ! s’exclama une dame entre deux âges en voyant la petite troupe dans cet état.

Elle avait les cheveux roux-orange, et une veste de toutes les couleurs, ce qui fit plisser les yeux de la princesse.

-        D’où venez-vous ? Venez !

Antoinette regarda la dame, un peu méfiante.

-        Mission spéciale, dit-elle.

-        Vous ne pouvez pas rester comme ça ! Suivez-moi !

Ils se retrouvèrent non loin de Buckingham Palace, au vert et à l’abri de la pluie.

-        Oh, merci ! fit Byzix, reconnaissant.

-        De rien. Je m’appelle Linda Carthy, et je n’habite pas loin. Il vous faut un endroit douillet et confortable, j’ai ce qu’il vous faut.

Mais Antoinette se méfiait encore, Linda le comprit vite.

-        Je m’occupe des pauvres de la paroisse, vous pouvez me faire confiance, ajouta-t-elle en montrant la croix autour de son cou.

 

C’est ainsi que les Po-Toliens et Antoinette se retrouvèrent attablés autour de coleslaw, de poulet et de petits pois, mais… rien à voir avec la cuisine de l’association de l’amitié d’Atlantia. Cependant, ils étaient heureux d’être au chaud, dans un endroit agréable aux lumières tamisées.

-        C’est terrible, le mois de mars, par ici, commenta Linda.

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04 février 2024

Pour une médaille en chocolat

Histoire de décompresser un peu si vous êtes tendus, voici quelques petits jeux, pour vous amuser entre deux crêpes (au sucre, ou chocolat - noix de coco ?). Moi, je me dispute le fauteuil avec mon chat. J'espère que vous saurez déjouer mes petits pièges amoureusement tendus, sur fond de musique classique rutilante. Vous allez comprendre pourquoi je vous écris cela... Tout cela, dans les méandres des mythes et de la littérature. Saurez-vous ne pas tomber de Charybde en Scylla ? Bonne chance !

 

incipit : "Les collines, sous l'avion, creusaient déjà leur sillage d'ombre dans l'or du soir."

 

devinettes : 

- De quelle légende nordique R. Wagner s'est inspiré pour sa Tétralogie ? 

- Qui est Frankenstein ?

- Quel auteur italien a repris la trame de l'Iliade pour son Homère, Iliade ?

- Quel auteur turc a obtenu le prix Nobel de littérature en 2006 ?

 

Cherchez l'intrus :

Sleipnir

Pégase

Rossinante

Posté par Claire Monelle à 16:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 janvier 2024

Mythologie scandinave

Le chemin de Midgard.

 

-        Les enfants, je vous prie d’accueillir Freja, qui vient d’arriver d’Aarhus, et qui va vous accompagner jusqu’à la fin de votre parcours scolaire, annonça Anita Skov, la professeur de danois.

-        Bonjour, fit timidement Freja, en baissant la tête.

-        Tu vas voir, ça va bien se passer, voulut la rassurer l’enseignante, prenant un ton maternel.

-        J’espère. Où puis-je m’installer ?

-        Il y a une table libre entre Sven et Birgit. Je ne pense pas qu’il soit bon de te mettre tout au fond. Nous serons dix-neuf avec toi, cela fait une classe d’une taille raisonnable.

Freja haussa la tête, dévoilant ainsi ses boutons, et il y eut des « oh ! » révulsés alors qu’elle s’approchait de Sven, qui eut un mouvement de recul. Elle entendit des « quelle horreur ! Une calculette ! » Et un « et une nouvelle, en plus ! » Freja s’assit en silence, déballa ses affaires et commença à s’installer.

-        Prends ton temps. Je m’appelle Anita, tu peux me parler si tu as le moindre problème.

-        Oui Anita, fit Freja d’une petite voix. De quels livre et cahier ai-je besoin, pour le danois ?

-        Je vais expliquer. C’est la rentrée pour tout le monde…

Anita Skov avait de la bouteille, expliqua très clairement sa façon de travailler, puis distribua les manuels de langue danoise, les fit ouvrir. La lecture commença, chacun son tour. Sven butait sur les mots, d’autres négligeaient le coup de glotte invisible à l’écrit, pour certains la place du verbe déroutait encore. Quand ce fut le tour de Freja, sa lecture fut impeccable, et elle entendit un ou deux compliments dénotant clairement de la jalousie. A la fin :

-        Qui peut me dire ce qu’il a compris de ce texte de Karen Blixen ?

Seule la main de Freja se leva.

-        Freja ? fit Anita, ravie et étonnée à la fois.

Au quatrième niveau de la Folkeskole, elle s’attendait à mieux, et c’était Freja, à peine arrivée, qui participait ! Par bienveillance, elle évita de mettre les mains sur les hanches avec un regard torve pour sa classe, et se tourna vers la petite nouvelle.

-        Vas-y, dis-nous.

Il s’avéra que la petite fille avait tout compris, et connaissait même le texte en entier. Tous les autres se tenaient cois, vexés. Derrière elle, Freja entendit un coup de pied dans la table, sursauta.

-        Ole, veux-tu participer ? demanda onctueusement Anita, même si elle n’était pas dupe.

-        Non !

-        Je te prie de respecter le matériel, Ole.

-        Je ferai ce que je voudrai !

Anita resta calme.

-        Si tu es insolent, j’en parlerai à tes parents.

Le garçonnet haussa les épaules.

-        Je n’ai pas peur de toi, déclara-t-il.

-        Je sais.

Et Anita se reprit.

-        Nous allons parler de ce texte.

L’incident étant clos, plus personne ne pipa mot, et le cours se déroula comme Anita en avait l’habitude. Mais à la récréation, Freja sortit sa corde à sauter, comme les autres filles de son âge, et même celles qui ne faisaient pas partie de sa classe prirent la fuite.

-        Mais qu’est-ce que je vous ai fait ? demanda-t-elle ingénument.

-        Tu es laide !

Et Sven, qui courait non loin, vint vers elle, lui fit un croche-pied puis s’éloigna en ricanant alors qu’elle tombait. Freja ne comprit pas. Jamais on ne lui avait fait cela, à Aarhus. La bienveillance dans les Folkeskoler danoises était notoire, sa classe l’avait vue grandir et ne s’était jamais moquée d’elle. En larmes, elle alla voir les trois enseignants qui surveillaient la cour. L’un d’entre eux avait vu la scène, et expliquait à Sven sans s’énerver qu’il ne devait pas porter préjudice à ses camarades. Une autre, ayant vu l’état du genou de Freja, et ses larmes, l’emmena à l’infirmerie pour la soigner. C’était une femme bien en chair, que la petite retrouva peu après : c’était l’enseignante d’histoire-géographie. Voyant Freja arriver, elle eut un regard de connivence pour la petite fille. A la fin du cours, ce fut :

-        Freja est déjà la chouchoute de Greta !

-        Elle la fera peut-être engraisser un peu ! ricana Birgit.

Et toute la journée, des sarcasmes : les boutons, la maigreur, la timidité, l’appareil dentaire, la petite nouvelle, tout y passa. Une fois chez elle, Freja ne put rien avaler du goûter qu’avait préparé sa nounou, alors que son petit frère, Magnus, dévorait.  C’était un beau petit garçon aux joues rondes, plein de vie, le contraire de sa sœur.

-        Freja, que t’arrive-t-il ?

-        Les enfants de Roskilde sont méchants, dit-elle seulement, et elle se mura dans le silence.

-        Mais ton petit frère …

-        Il est beau, et n’est qu’au jardin d’enfants. Ça ne sert à rien, d’être doué à l’école, lâcha Freja, et elle ajouta : je vais dans ma chambre.

-        Freja !

Têtue, elle quitta la cuisine, et alla pleurer, longtemps, loin des regards, ne se déplaçant même pas quand sa mère rentra. Elle ne se déplaça pas davantage quand son père rentra à son tour. Il fallut aller la chercher pour le repas à la fin de la journée. Elle parla de sa rentrée à ses parents, mais ils étaient surtout très fiers de la savoir plus maligne que ses camarades. Sa mère s’inquiéta seulement de son genou, et Freja raconta, mais on lui dit que ça allait passer, que les gens, à Roskilde, n’étaient pas plus méchants que les autres.

La jeune fille ne demandait qu’à le croire, mais la deuxième journée se déroula comme la première : elle participait, dans toutes les matières, impressionnant ses professeurs, et subissant ainsi  sans le vouloir la jalousie de ses camarades. A la pause de midi, ayant subi des vexations toute la matinée, elle fut incapable de manger son sandwich, sa pomme. Le temps était beau, le soleil d’août agréable, mais se souvenant du tour que lui avait joué Sven la veille, elle s’assit, prit un livre et attendit de reprendre les cours. Elle se moquait de son  genou, malgré le mercurochrome, mais avait peur d’une nouvelle attaque.  Elle rentra chez elle sans avoir parlé aux autres, si ce n’était aux enseignants, pour participer, et s’enferma dans sa chambre après avoir enfin mangé sa pomme, pour faire ses devoirs puis lire.

-        Freyja… Douce Freyja… implora-t-elle enfin. Ô vous les bons dieux Ases, pouvez-vous faire quelque chose pour moi ?

Mais elle fut interrompue par ses parents qui frappaient doucement à sa porte.

-        Je lis ! mentit-elle.

-        Ça ne fait rien, ouvre, Freja, fit la voix douce de sa mère.

La jeune fille ne sut comment le prendre.

-        Je… j’arrive, préféra-t-elle dire, mais à contrecœur, car elle était triste et contrariée.

Lors du repas, on lui dit encore que les gens de Roskilde étaient gentils, ce que Magnus confirma avec toute sa candeur. Freja en aurait pleuré, se retint, voyant bien que ses parents ne comprenaient pas, et puis peut-être avaient-ils raison, qu’elle finirait par s’intégrer à l’école, s’y faire des amis.

Mais au bout de trois semaines, la situation n’avait pas évolué, et Freja rentrait les larmes aux yeux, se retenant pour ne pas le montrer à ses camarades. Seule Greta avait compris, mais celle-ci était très ennuyée, car elle ne savait que faire, comment protéger la petite. Aussi, après avoir réfléchi, elle demanda à rencontrer les parents de Freja Olsen, mais seule Mette se rendit au rendez-vous, son mari travaillant à Copenhague, à trente kilomètres de là, qu’il faisait en vélo.

-        Que se passe-t-il, madame Vestlund ? demanda-t-elle, étonnée. Ma fille n’a que de très bons résultats, je ne comprends pas.

-        Madame Olsen, votre fille est harcelée.

-        Cela n’existe pas, au Danemark. Je fais confiance à la Folkeskole, décréta Mette. Vous m’avez fait venir pour rien.

-        J’insiste, madame Olsen. Se fâcher n’est pas dans nos habitudes, et les autres enfants ne comprennent pas le mal qu’ils font.

-        Freja est très bonne élève.

-        Justement. Le passage du troisième au quatrième niveau n’est pas forcément évident, car la façon de travailler change quelque peu. Les enfants sont encore petits dans leurs têtes.

-        Alors pourquoi mon fils de cinq ans n’a pas de problèmes ? Je ne vous crois pas.

Et Mette Olsen coupa court, sans que Greta puise argumenter en faveur de Freja. Elle récupéra elle-même sa fille, et toutes deux rentrèrent en vélo. La jeune fille avait compris et, plus tard dans la journée, implora de nouveau la déesse Freyja, sans être interrompue  cette fois.

Peu après, Greta alla faire une visite avec ses élèves au musée des bateaux vikings de la ville. Beaucoup furent intéressés, dont Freja qui, ayant repéré le trajet, retourna là pour se promener sur son vélo, avec son père. Curieux, il le visita aussi, en s’extasiant sur leurs lointains ancêtres et leurs prouesses maritimes. Le cœur de Freja s’en gonflait d’orgueil. Elle aimait les Vikings, leur ancienne civilisation, leurs dieux – c’est pourquoi elle se sentait y appartenir, au point d’avoir envie de croire en ces dieux.

Ce fut ainsi que, peu de temps après, elle prit pour habitude d’aller s’y réfugier après l’école, dans un coin près de l’eau. Et là, elle priait Freyja, qu’elle considérait comme sa déesse…

 

-        Freyr, ce n’est plus possible, dit un jour Freyja à son frère, des hauteurs d’Asgard. Il y a encore des gens qui croient en nous, et je veux les aider.

-        Je le sais, fit l’interpellé en avalant une gorgée d’hydromel.  Et je ne demande pas mieux, mais nous ne pouvons apparaitre ainsi à Midgard, et tu le sais.

-        Je peux envoyer un chat blanc à la petite Freja Olsen, qui porte mon nom et qui m’implore tous les jours parce qu’elle est harcelée à l’école… Mais cela ne suffira pas, et elle n’a que dix ans. Je ne veux pas la laisser ainsi, je t’en prie, fais quelque chose.

Freyr, qui était un dieu bon, sourit à sa sœur, et accepta, pour aller se pencher sur Midgard, le monde des hommes. La petite Freja pleurait toutes les larmes de son corps, dans un coin près du musée des bateaux vikings. Elle avait le poignet griffé, un coude amoché.

-        Ça ne sert à rien, d’être intelligent à l’école !

-        Loki, que fais-tu là ? tonna Freyr en reconnaissant le dieu filou, matois et rusé qui aimait à semer la zizanie dans les neuf mondes, et qui observait la petite en riant.

-        Regarde-moi ça, Freyr ! La Folkeskole danoise !

-        Ma sœur m’a dit ce qu’il en était ! Pousse-toi de là, non mais regarde-la ! On lui fait du mal, et toi, tu es là à la regarder, et à rigoler !

-        Midgard est l’école de la vie ! rétorqua Loki en se redressant de toute sa hauteur. Elle apprendra à se défendre toute seule !

-        Tu es méchant, Loki ! Comment veux-tu qu’elle se défende, maigre comme elle est ?! Mais regarde, on lui voit les os !

-        Je sais, fit tranquillement Loki.

-        Loki, par tous les Elfes noirs !! jura Freyr, et Freyja arriva, alertée par le bruit de la dispute, car elle avait suivi son frère à distance.

Elle détacha une jolie chatte blanche de son char, foudroya Loki du regard, et envoya la boule de poils à Midgard, qui vint se frotter en miaulant à la petite Freja.

-        Freyja ! Freyja m’a envoyé un signe !

Et le câlin dura, Freja n’en finissait pas de la caresser. Enfin, elle alla à l’eau, s’en mit sur le visage, se reprit, et partit chercher son vélo. Pendant ce temps, Freyr et Loki se disputaient toujours.

-        Freyr… dit doucement Freyja en posant une main sur son épaule.

-        Ma chère soeur, tu m’as demandé de veiller sur Freja Olsen, n’est-ce pas ?

-        Oui, pourquoi ?

-        Parce que Loki n’est pas d’accord.

Le frère et la sœur dévisagèrent le beau dieu de la ruse, qui ricana, restant rouge de colère.

-        Les hommes n’ont que faire de nous ! dit-il.

Freyja le défia du regard.

-        J’en appellerai à Odin ou à Thor s’il le faut, et Freyr sera de mon côté. Cette petite m’a implorée, bien que nous soyons presque au XXIème siècle, ajouta-t-elle d’un ton définitif, et elle se tourna vers son char mené par deux maîtresses chattes blanches, pour quitter le haut de l’arc-en-ciel menant à Midgard.

Alors Freyr tapa du poing sur une grosse branche d’arbre.

-        Ce que veut ma sœur, je le veux aussi ! Attention, Loki, car tu as vu cette branche !

Celle-ci s’était écrasée à leurs pieds, brisée en mille morceaux,

-        Tu ne me fais pas peur, Freyr ! fit Loki, s’énervant encore davantage. Cette fille est laide, avec ses boutons et ses machins sur les dents, ce n’est pas un être humain !

Cela mit Freyr hors de lui, et un orage se déclencha au-dessus de Midgard. Mais comme il était le dieu de la fertilité, la pluie qui s’y mit à tomber rendit aussitôt l’herbe plus verte. Le chat de Freyja, qui avait suivi la petite, disparut, et Freja se réfugia à l’entrée du musée des bateaux vikings, alors qu’elle allait monter sur son vélo. Pendant ce temps-là, Freyr attrapa brusquement Loki sous les bras, le mena à la jonction entre les neuf mondes et l’envoya en direction de celui de Hel, la sombre déesse des enfers, fille de Loki, le tout en un clin d’œil. Loki dévala d’Asgard jusqu’à Helheim sans perdre son ricanement.

-        Je me vengerai, Freyr !

Et il disparut.

Puis Freyr retourna au bord de l’arc-en-ciel, et le franchit pour se présenter à Freja, sous la forme de l’un de ses petits-cousins d’Aarhus.

-        Je suis venu t’aider, Freja.

Elle se jeta à son cou.

-        Jon ! Mais que fais-tu là ?

-        Les dieux m’ont prévenu de ce que tu vivais. Suis-moi.

La petite le suivit en toute confiance, et ils allèrent contre un vieux knörr du musée, en excellent état de conservation, qui avait même gardé quelques rames.

-        Tu vas retourner à Aarhus, et mes grands-parents s’occuperont de toi. Ta mamy Karla te manque, n’est-ce pas ?

-        Oh, Jon, si tu savais ! Mais personne ne me le rendra, pas même toi.

-        Je sais bien. Mais mes grands-parents regrettent votre départ. Ton grand-oncle Fredrik s’occupera de toi, comme le faisait Karla.

-        Oh, si seulement !

-        Ma petite Freja…

Et Jon serra sa petite-cousine dans ses bras.

-        Mais une partie de toi devra rester ici, malheureusement, dit-il enfin. Loki a gardé son pouvoir de nuisance, mais ma sœur, tout le monde s’occupera de toi.

-        Oh, merci ! Merci !

Alors Freyr fit monter Freja dans le knörr, et la transforma, ses longs cheveux blonds bien peignés, les yeux brillants, sans plus aucun bouton si ce n’étaient deux ou trois légères traces rouges, qui disparaîtraient peu à peu. Elle était aussi un peu plus en chair.

Deux Freja sortirent du knörr : l’une alla retrouver son vélo pour rentrer chez elle, rassérénée, et l’autre suivit Freyr, toujours sous les traits de son petit-cousin Jon, chez son grand-oncle à Aarhus. Il l’emmena à la gare de Roskilde, qui n’était pas  loin du musée, et supervisa tout le voyage, car Aarhus était sur une autre île danoise, le Jutland. Et là, la belle Freja retrouva ses amis, mena ses études avec succès, eut même quelques succès avec les garçons. Son grand-oncle et sa grand-tante, Fredrik et Agnes Poulsen, l’élevèrent en pensant à la tendre grand-mère que Freja avait perdue à huit ans, sans jamais s’en remettre. Tous deux firent tout pour elle, et à l’âge de dix-sept ans, elle allait intégrer l’enseignement secondaire, pensant devenir professeur d’histoire-géographie, ou peut-être archéologue, par dévotion pour les dieux vikings qui l’avaient si bien aidée. Pourtant, une blessure restait : Freja se sentait incomplète, Freyr lui ayant fait oublier son double, resté à Roskilde. Et Loki, qui avait la rancune tenace, n’était pas resté longtemps chez sa fille Hel…

En effet, il n’avait eu aucun mal à faire tyranniser la petite Freja de Roskilde, qui eut une adolescence triste. Pourtant, Freyja et Freyr firent tout pour qu’elle se sente mieux, grâce à la chatte blanche de la première, que la jeune fille retrouvait souvent, et qu’elle finit par adopter, avec l’accord de ses parents. Ils l’avaient baptisée Stjerne, et tous quatre l’aimaient beaucoup. Freyja, ou Stjerne, la petite n’aurait su le dire, lui parlait le soir au lit, l’apaisait. Mais Mette n’admit jamais le harcèlement de sa fille, qui ne cessa pas tout au long de son parcours à la Folkeskole de Roskilde. Le père crut comprendre, mais sa femme dénia tout problème, arguant des excellents résultats de leur fille, qui avait logiquement les mêmes aspirations que son double d’Aarhus. Mais elle n’était pas heureuse. Ses boutons et son appareil dentaire finirent par disparaître, mais elle avait le teint pâle, et flirtait avec l’anorexie. C’était cela, qui inquiétait ses parents, plus qu’autre chose.

Car Freja voulait s’en sortir. Son corps était faible, manger était une épreuve, quand elle y parvenait, mais elle avait gardé son intelligence vive, sa curiosité insatiable. On ne l’aimait pas ? Elle se mettait à l’écart, quitte à passer pour l’intellectuelle de service. Avant la mort de se grand-mère Karla, elle avait été pleine de vie, et deux ans plus tard, l’arrivée à Roskilde et le harcèlement scolaire auraient pu lui porter le coup de grâce, si Greta ne l’avait encouragée elle  aussi dans ses capacités, et Stjerne pour lui apporter l’attention dont elle manquait. En outre, sa mère était devenue entre-temps une pianiste renommée, était demandée jusqu’en Chine ou en Australie, devenant ainsi de plus en plus distante avec ses enfants. Magnus, le petit frère, n’hésitait pas à râler, à s’interposer, à se bagarrer avec plus grand que lui s’il voyait comment on traitait sa sœur dans la cour de la Folkeskole qu’il avait intégrée à son tour. Mais à ce moment-là, comme il n’avait que douze ans, on lui riait au nez sans lui faire de mal. Si bien que personne ne s’était vraiment rendu compte de ce que vivait Freja. Enfin, au mois de mars, peu avant ses dix-sept ans, elle manqua mourir d’inanition, et se retrouva à l’hôpital. Elle était squelettique.

-        Ma chérie ! lui disait son père alors qu’on la nourrissait par une sonde, Freja étant clouée sur un lit. Parle, je t’en supplie, parle !

-        Je ne peux pas, articula la jeune fille d’une voix très faible. Pas en présence de maman, elle ne me croit pas, et pourtant Greta a essayé de lui parler.

-        Greta…

-        La prof d’histoire, papa.

Mette haussa les épaules.

-        S’il y a un problème, c’est la disparition de... maman, dit-elle.

Mais sa voix se brisa sur le mot « maman ». A elle aussi, Karla manquait terriblement. Elle aurait été si fière de sa fille ! A Aarhus, Fredrik le disait régulièrement à l’autre Freja. Dans la famille de Mette et Fredrik Poulsen, Karla avait été la sœur, la mère, la grand-mère idéale. Henrik regarda sa femme, sa fille.

-        Je ne veux plus aller à Aarhus. Je… j’y ai trop de souvenirs, fit Mette, en larmes tout à coup.

-        Je reviendrai seul, je te le promets, dit alors Henrik à sa fille.

Embarrassé, il ne savait laquelle des deux il devait serrer dans ses bras. Il aimait beaucoup sa femme, mais Freja était si faible, si frêle !

 

-        Je vais l’avoir… Elle sera pour Hel et moi… fit Loki, penché sur l’arc-en-ciel qui menait à Midgard. Et…

Mais il s’interdit de même penser à Freyr et Freyja. Il fallait qu’il agisse vite, s’il voulait parvenir à son but. Avant qu’Henrik ne revienne auprès de sa fille, et qu’elle lui dise enfin ce qu’elle vivait depuis sept ans.  Mais, par le biais de Stjerne, Freyja veillait. Dès qu’elle comprit ce que tramait Loki, elle prévint son frère que leur protégée était en danger de mort. Freyr, alarmé, se tint aussitôt au courant des faits et gestes de Loki, aidé de Thor, qu’il alla trouver. Ce dernier alla voir les corbeaux de son père Odin, qui survolaient le monde des hommes pour lui en référer, et à peine sut-il quand Loki alla à l’hôpital de Copenhague, où était Freja, Thor y entraina Freyr, non sans se départir des on fameux marteau, Mjöllnir. C’était une nuit, celle précédant le jour où Henrik avait l’intention d’aller voir, seul, sa fille.

Loki avançait à pas prudents dans l’hôpital, se dirigeant vers la chambre de Freja, où il comptait couper la sonde qui l’alimentait, et qui la maintenait ainsi en vie. Mais Thor et Freyr veillaient, invisibles. Et tout à coup, sans que Loki ne se doute de rien, Thor lui asséna un coup de marteau qui l’assomma.

-        Va voir ta protégée, je m’occupe de Loki !

Quand Loki revint à lui, il était mains et poignets dans le plâtre, et les pieds enchaînés au châssis d’un lit de l’hôpital de Copenhague.

-        Ça te donne une idée de ton futur châtiment, n’est-ce pas ? fit Thor, narquois, appuyé sur Mjöllnir, et Loki manqua s’étouffer. Il ne manque plus, en gros,  que le venin du serpent… Je resterai ici le temps qu’il faudra.

Avec Freyr et sa sœur, Thor avait élaboré un plan pour Freja, dont Freyr était en train de s’occuper, sous la forme de Jon, une fois de plus. En le voyant arriver, le visage de Freja s’illumina. Freyr posa un doigt sur sa bouche.

-        Ne dis rien, petite Freja, murmura-t-il. Dors, ton papa sera là demain matin. Quand tu l’auras vu, et que tu iras mieux, je te ramènerai à Aarhus.

Ce qui voulait dire que Thor allait garder Loki prisonnier pendant plusieurs jours, mais il se partagea la tâche avec Freyr, tandis que Freyja veillait en personne sur sa protégée.

-        Tu m’as implorée, lui dit-elle le premier soir où elle se montra, éclatante de beauté. Stjerne est une de mes petites chattes.

-        Oh, Freyja !

La jeune fille était très émue.

-        Et tu as parlé à ton père.

-        Oui… Il était furieux contre ma mère. Il veut m’envoyer à Aarhus, chez le frère de ma grand-mère Karla, celle qui est morte il y a près de dix ans.

-        Freyr y veille.

-        Freyja… Mon père en veut à mort à ma mère. J’ai peur qu’ils divorcent à cause de moi.

-        Ne t’en occupe pas, conseilla Freyja. Ce n’est pas à cause de toi.

-        Si, affirma Freja.

-        Tu n’as pas à t’accuser de quoi que ce soit. Laisse faire. Tu verras bien ce qu’il se passera, mais en effet, tu ne peux rester à Roskilde avec eux. Cela te ferait du mal. Et tu as failli mourir.

-        Veux-tu dire que je vais vivre ? Que je vais reprendre goût à la vie ?

-        Oui. Maintenant, dors. Je t’ai amené un de mes chats pour la nuit.

-        Stjerne ?

-        Tu préfères ?

-        Oui. Où que j’aille, je veux la garder.

-        Alors, qu’il en soit ainsi. Mais tu ne retourneras chez toi que pour prendre tes affaires.

Et cela se passa ainsi, mais Freja ne sortit de l’hôpital qu’environ trois semaines après l’intervention des dieux. Son père était encore plus tendre et attentionné, après ses révélations, et la laissa partir à contrecœur, l’ayant confiée à Jon / Freyr. Mais Thor dut encore assurer la garde de Loki avant de le renvoyer chez sa fille Hel, le temps pour Freyr de réunir les deux Freja, à Aarhus, en une seule,  enfin complète, belle, guérie. Le sourire de Freja se fit encore plus attrayant : elle était à Aarhus, on  l’aimait ! Mais Fredrik et Agnes ne savaient encore rien de ce qu’elle avait réellement vécu, et il fallait encore qu’elle parle. Cependant, Freja s’interrogeait : croyaient-ils eux aussi aux anciens dieux scandinaves ? Aussi, peu après son arrivée chez eux, elle posa la question  à Stjerne, à moins que ce ne fût Freyja.

-        Je m’en occupe, lui dit celle-ci.

-        Non, pas sans moi ! Je dois parler, encore et encore ! J’ai dû me taire pendant sept ans, j’aurais pu en mourir !

-        Oh, Freja.

Alors Stjerne se lova contre elle, ronronna, et la jeune fille s’endormit, le cœur plus léger, croyant sentir la caresse de sa déesse.

C’est pourquoi, le samedi suivant, Stjerne eut un  regard entendu pour sa petite « maîtresse », et alla se planter devant Fredrik et Agnes.

-        Stjerne et moi avons à vous parler, dit alors très sérieusement Freja.

Ses grands-oncle et tante clignèrent des yeux,

-        Stjerne ? fit Agnes.

-        Ou Freyja, la déesse de l’amour, si vous préférez. Peux-tu te transformer, ma petite chatte ?

-        Si fait.

Et Freyja apparut, projetant les rayons du soleil printanier.

-        Nom de Dieu ! fit Fredrik, tandis qu’Agnes reculait d’un pas.

-        A Roskilde, pendant sept ans, j’ai été harcelée. Mais Freyja était là. je….

Les mots se pressaient encore dans la gorge de la jeune Freja, sans pouvoir réellement s’exprimer, aussi la déesse vint à son secours, et expliqua tout à sa place.

-        Mais ne blâmez pas Henrik, conclut-elle, même si je pense que même si c’est cruel, Freja ne devrait pas revoir ses parents.

-        De toute façon, je ne veux plus remettre les pieds à Roskilde. Maman a de trop bons souvenirs ici à Aarhus, avant la mort de mamy, et cette perte a dû la marquer encore plus que moi. Moi, c’est l’inverse : j’ai trop de mauvais souvenirs à Roskilde, pour y retourner… Si papa veut me revoir, ce sera à lui de venir. Ici. Ou Magnus.

-        Je vous laisse voir ça en famille. Moi, j’ai encore un compte  à régler avec Loki.

-        Un instant, Freyja ! s’alarma la jeune fille. Laisse-moi Stjerne !

-        Je te laisse Stjerne jusqu’à sa mort, et te promets un chat… et un homme. Toujours. Les dieux sont encore là, pour les gens comme toi, qui savent encore nous implorer, et lire les Runes…

Et la déesse s’inclina devant la compagnie, avant de disparaître. Fredrik et Agnes clignèrent de nouveau les yeux, et cette dernière alla prendre sa petite-nièce dans ses bras.

-        Ma pauvre petite…

La jeune fille s’y abandonna : c’était si bon !

Puis elle intégra, à la rentrée suivante, l’enseignement secondaire, avant de partir continuer ses études à Oslo, en Norvège, dans l’idée de se préparer aux études scandinaves. Stjerne l’y suivit, alors que Freja avait une vingtaine d’années, et lui fit connaître, chez le vétérinaire, un jeune homme doux et attentionné, qui la retint dans ses bras et dans son cœur, là où Loki ne put jamais la retrouver, même une fois libéré par Hel. Freja et Kristof Lundstrom vécurent avec leurs enfants, le long d’un fjord, au sud d’Oslo, et, au cours de sa longue vie, Freja écrivit des livres sur sa vision de la mythologie scandinave…

 

© Claire M, 2023

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24 janvier 2024

Le point de vue de Sirius, 22° épisode

Grandes décisions.

 

Miguel ne revint à l’association de l’amitié que trois jours plus tard, grand sourire aux lèvres. En effet, tout allait comme il voulait…

-        Bonjour mademoiselle, où sont mes amis les extraterrestres ?

-        Oh, un peu partout… Ils se sont repérés, à présent. Avant-hier, ils ont profité de la pluie pour explorer nos locaux. Leur réaction a d’ailleurs été très curieuse, ils en avaient peur.

-        Tiens ? Ce n’est que de l’eau…

-        Apparemment, pas pour eux…

La jeune femme sourit, et ajouta :

-        Ils sont sûrement dans le parc.

 

Miguel trouva la petite troupe avec les Français de l’association, à l’exception de la princesse, qui était un peu plus loin, ravie, au milieu de chats. Ce fut Carman qui réagit le premier.

-        Miguel ! Venez !

-        Oui, venez ! lança Edouard tout en faisant un grand signe de la main. J’ai fait jouer Césig et Ollibert à la pétanque !

-        Et alors ? s’enquit Miguel, riant déjà.

-        Ils nous battent ! se plaignit Jean.

-        C’est trop facile, votre jeu, aussi ! fit Césig.

-        Je crois que les Po-Toliens ont le compas dans l’œil, déclara Mona.

-        Sur Po-Tolo, votre jeu ferait un malheur, dit Carman en riant. Je nous vois déjà avec votre mètre-ruban !

-        Il en faudrait avec des micromètres ! plaisanta Byzix. Mais vous tombez bien, Miguel.

-        Comment va Maria ? demanda Césig.

Tous comprirent, au léger rougissement de l’arrivant, et Antoinette lui tapa sur l’épaule. Miguel se reprit.

-        Vous disiez, capitaine ?

-        Nous allons aller sur Terre. Nous étions en train de discuter pour savoir où exactement.

-        Alors je vous conseille l’Espagne… ou l’Italie.

Les Français s’esclaffèrent.

-        Il n’y a pas que l’Europe, déclara Césig.

-        Il y a tout l’espace méditerranéen, le nord de l’Afrique, dit Mona.

-        Ou l’Amérique. Ou l’Océanie.

-        Et vous avez consulté un atlas ?

-        Il est sur la table, répondit Byzix. J’aime beaucoup la bibliothèque de l’association, ils y sont très arrangeants.

Miguel se rapprocha, avisa les pistaches et les noisettes.

-        Je peux ?

-        Je vous en prie ! lui dit Jeanne avec son accent inimitable – du moins pour un Po-Tolien. Voulez-vous aussi du pastis ? Ou de la bière ? Ou si vous préférez, il y a de la grenadine…

Miguel se laissa faire, puis montra l’Espagne, avant de demander :

-        Pourquoi pas l’Asie ?

-        Quand je leur ai parlé de Bali, ils ont dit « non, pas la plage ! » fit Edouard, encore très étonné d’une telle réaction.

Miguel se gratta la tête.

-        Vous avez si peur de l’eau que ça ? demanda-t-il aux Po-Toliens, qui se regardèrent.

-        Nous nous lavons comme tout le monde, répondit prudemment Anthéa.

-        Et la pluie ?

-        Nous ne supportons pas l’acide.

-        Quel acide ? C’est de l’eau, rien de plus !

-        Sur Po-Tolo… commença Byzix, mais il se reprit.

-        Allez en Angleterre, vous verrez bien, fit Miguel en souriant. Même si c’est l’Europe. Mais sur ce continent, le sud est plus agréable.

-        Alors, venez avec nous, lui dit Carman avec de grands yeux suppliants.

-        Oui, avec vous nous commettrons moins d’impairs, ajouta Byzix en adoptant le même regard.

-        Mais je… commença Miguel en pensant à Maria.

Césig comprit le premier.

-        Je crois que notre ami n’est plus célibataire.

-        De toute façon, je suis volontaire, déclara Antoinette. Nous pouvons aller en Angleterre, en France, en Italie, puis plus au sud, si ça vous va.

-        Oh, merci madame.

-        Vous étiez très mignons, sur votre vélo, dit Anthéa en souriant, à Miguel.

Byzix et Césig se regardèrent, et la princesse les avait rejoints, suivie de Flocon, s’excusa auprès de Miguel, qui caressa le petit chat blanc.

-        Alors je peux venir avec vous ? J’ai bien plus d’expérience que ce gentil petit jeune, j’ai eu une longue vie, et j’ai déjà voyagé en Europe. Je connais bien l’anglais.

-        C’est d’accord. Et nous testerons l’Angleterre. Les amis, nous partons après-demain ! lança Byzix, et la princesse caressa Flocon en soupirant.

 

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18 janvier 2024

Caramba, encore raté !

Ce matin, à la faveur d'un "épisode neigeux" conduisant à la fermeture de l'école où je travaille, j'ai comblé mon retard, et regardé "La grande librairie" d'hier soir. Augustin Trapenard et ses invités parlaient de la littérature, de nos échecs. Pourquoi je vous en parle ? Je viens de me voir opposer un refus (encore un) pour un manuscrit proposé l'été dernier... Comment gérer ce genre d'échec, en particulier ? Surtout quand on est un écrivain incompris, race d'écrivains courant les rues en France. 

Je ne sais pas si j'ai du talent, surtout quand une lettre de refus vous dit seulement que votre manuscrit n'est tout simplement pas retenu. Faut-il enseigner la psychologie aux éditeurs ? Par le passé, il m'est arrivé d'avoir "malgré la qualité de votre travail... etc". Pourquoi n'a-t-il pas été retenu ? Erreur de ma part, pour la maison d'édition ? (pourtant...) Ou pas assez bon ? Besoin de faire un choix dans les nouveautés ? Sachez-le, amis lecteurs : ceux qui écrivent, écrivent d'abord pour eux, après pour leur entourage, qui quelquefois les encourage. J'écris toujours pour moi, pour rêver la vie et la reconnaissance que je n'ai pas. Les textes sérieux viennent dans un deuxième temps. Ce sont ces derniers que je vous propose. On me dit : "Publie !" Mais encore faut-il que les maisons d'édition soient d'accord... Aussi, Marie Darrieussecq disait "Nous avons la chance d'être publiés, de vivre de notre écriture". Mon rêve de pitchounette que je suis. Je ne suis pas Marie Darrieussecq. Encore moins un prix Goncourt. Et pourtant, je ne m'avoue pas vaincue. Parce que j'en ai vu d'autres. D'où le fameux "échouer mieux" de Samuel Beckett, que rappelait A. Trapenard. Esthétique de l'échec ? 

Aussi cette émission m'a encore plus aidée à prendre du champ. Je me retrouve avec un après-midi à passer, et espère ne pas me démonter. Ecrire. Ce matin, "Grande librairie" et pages en italien. En fin de journée, un rendez-vous de santé m'oblige à sortir. Si je n'avais pas ça, je me sentirais plus à l'aise. Je crois aussi savoir de quoi rêve mon chat : être Muse officielle et chat d'écrivain, pour que je reste avec elle. Elle regarde l'épaisseur de neige, puis le radiateur, puis moi. 

Existe-t-il des rêves raisonnables ? Je médite... Pensez à JK Rowling, qui a été refusée X fois avant de rencontrer le succès que l'on sait. Les enfants la lisent toujours, je peux en témoigner ! Allez, l'espoir est permis ! Ce sera notre consolation... De toute façon, quand l'écriture nous gagne, il faut se laisser faire. Ecrivez, lisez, ne vous laissez pas abattre !

Claire M.

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11 janvier 2024

Dessins subliminaux

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dromadaire dans le désert 

 

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publicité ensoleillée (Chypre, île de Vénus)

 

ma_ons_dans_le_ciel

 

 

maçons dans le ciel 

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05 janvier 2024

Le point de vue de Sirius, 21° épisode

Retour en arrière.

 

-        Bon, maintenant, allons tous chez moi, décida Miguel, après avoir pris congé de Dario.

-        Et… c’est loin ? demanda la princesse.

-        Nous prenons la navette. Maria, vous venez avec nous ? ajouta galamment Miguel pour la belle Italienne.

-        Eh bien… oui. Mais à quoi pensez-vous ?

-        Pas à mal, rassurez-vous. Je vais faire d’une pierre deux coups, et expliquer à tout le monde le principe des écrans maldékois. Savez-vous quand vous aurez le vôtre ?

-        J’ai dit que je voulais voir Atlantia avant de me décider pour… un appartement. J’aurai un écran quand je m’installerai.

Byzix et la princesse avaient suivi l’échange, très intéressés. Césig aussi avait dressé l’oreille, et échangé un regard avec son capitaine. En effet, Dario le leur avait expliqué, à Ollibert et à lui. Byzix se frotta le menton, et tous suivirent le mouvement.

 

Miguel ouvrit sa porte, et commença par faire entrer les trois femmes, puis le reste de la petite troupe, Carman fermant la marche.

-        Mais c’est minuscule ! se récria la princesse en arrivant dans la pièce à vivre.

-        C’est plus grand que la moyenne, votre Altesse. Et j’ai aussi une chambre, et les sanitaires, la cuisine. Vous voulez voir ?

-        Vous avez une belle baie vitrée, fit Maria, séduite.

-        Moi, je trouve votre chez-vous chaleureux, dit Anthéa, tandis que le capitaine regardait la grande bibliothèque, attiré par les livres.

-        Vous avez… Voltaire ? demanda la princesse à Miguel.

Ce dernier souriait.

-        Oui, ses romans et ses contes. Mais j’aime les Russes, et la littérature de mon pays. Je m’intéresse à l’histoire. Mais j’ai fêté mon diplôme, e suis mort avant d’arriver sur le marché du travail…

Un ange passa.

-        Que voulez-vous voir, à part l’écran ?

-        Nous ne voulons pas être indiscrets, déclara Ollibert.

-        Oui, montrez-nous votre écran, fit Byzix.

Celui-ci était un peu plus grand qu’une télévision, et fonctionnait avec un petit terminal permettant d’accéder à ceux qui étaient chers à son possesseur. Miguel servit quand même d’abord à boire, rassembla tous ses sièges autour de son canapé, que Césig jugea tout de suite confortable, et chacun s’assit, un verre de sirop de menthe à la main, sauf Miguel. Il appuya sur un bouton, et les photos des gens encore vivants qu’il aimait apparurent. Il choisit celle de sa mère, et celle-ci se matérialisa sur l’écran, très occupée dans sa cuisine.

-        Oh ! s’exclama Miguel. Elle prépare mon plat préféré !

-        Qu’est-ce ? s’enquit Maria, touchée.

-        Des piquillos à la morue…

Les piments étaient vidés, et une dame aux cheveux prématurément gris les fzarcissait en pensant à son fils disparu qui les aimait tant. Miguel eut un gros soupir, et :

-        Excusez-moi.

Il fit un retour en arrière, appuya sur une autre photo et dit :

-        Voilà ce que j’ai raté… C’est ma sœur.

Une jeune lui ressemblant étonnamment jouait avec ses enfants, qui culbutaient dans l’herbe lors d’une partie de campagne.

-        Je peux soit voir les miens en train de vivre, ou leur passé récent, soit faire défiler des photos. Depuis qu’elle est mère, je respire, car ma petite sœur faisait de la moto… Je préfère la voir ainsi, heureuse sur Terre.

-        Ça ne vous fait pas mal au cœur ? demanda doucement Anthéa.

-        Quelquefois, si. Et mon frère n’avait que quinze ans, quand je suis mort… Mais ici, j’ai mes potes, morts avec moi.

Les Po-Toliens se regardèrent, n’osant parler.

-        Il n’y a jamais de dysfonctionnements ? demanda enfin Byzix.

-        Jamais.

-        Les amis… rentrons, dit Anthéa.

Tous acquiescèrent et, ne sachant où aller, Maria les suivit. Elle et Miguel déposèrent les Po-Toliens à l’association de l’amitié, où il retrouva son vélo.

-        Ah, c’est ça, un vélo ! s’exclama Lantar. Mais comment tenez-vous dessus ?

Miguel et Maria se regardèrent, éclatèrent de rire.

-        On va vous montrer ! Maria, où voulez-vous aller ?

-        Avec toi !

Il remarqua le passage au tutoiement, sourit.

-        Mets-toi à l’arrière, mais je monte d’abord.

Au début, avec la belle Italienne derrière lui, Miguel zigzagua quelque peu, puis c’était parti.

-        Salve amigos ! Je reviendrai !

La robe de Maria volait, montrant ses cuisses, tandis que Miguel s’éloignait en pédalant, sous les yeux médusés des Po-Toliens.

 

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30 décembre 2023

Au théâtre ce soir

Chez mademoiselle…

 

PERSONNAGES.

 

Graziella Silvestro, entre 25 et 30 ans – jolie ronde, physique italien, porte une minerve

Franck Siciliano, son parrain putatif, entre 60 et 70 ans – longue barbe, air cool

Valentine Siciliano, femme de ce dernier

Fernando Rondinese, amoureux de Graziella, air de Don Giovanni

Lucas, ami de Graziella

 

La scène présente d’un côté un appartement chaleureux dont on voit l’entrée et la salle à manger, d’un autre côté une femme en train de repasser. Un téléphone fixe se trouve non loin d’elle. Idem dans l’autre appartement, où le téléphone traîne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SCENE 1

 

 Graziella bavarde, regarde sa montre. Un jeune de son âge (entre vingt et trente ans), Fernando, la regarde, fasciné, et Franck est bourré de prévenances. De l’autre côté de la scène, Valentine repasse.

 

Graziella : C’est gentil d’être revenu, Fernando… J’y suis vraiment sensible.

Fernando : Même avec une minerve, tu es très sexy… Mais que t’est-il arrivé ?

Graziella :Une bêtise… J’ai eu un petit accident de voiture, et le coup du lapin…

Fernando : Le quoi ?

Graziella : Le coup du lapin. Il colpo di frusta, in italiano.

Fernando : Ah, già ! Capisco !

Franck : Restez en français, je vous prie...

Graziella :Ouah, eh, le parrain ! N’empêche, Lucas n’arrive pas…

Fernando :Si je connaissais le coin, je t’emmènerais moi-même chez le kiné…

Franck : Si Lucas n’est pas là dans dix minutes, je t’emmènerai, moi. Ça ne me dérange pas, il suffit que je prévienne ma femme.

Graziella : Oh, je ne veux pas t’embêter… Mais ça m’étonne, d’habitude Lucas est ponctuel…

Fernando : Il a peut-être eu un accident !

Graziella : Non, il est bon conducteur, pas comme moi !

Franck : Tu n’as jamais vu Graziella conduire ! Elle a une conduite très…

Graziella : … ritale, tu peux le dire ! J’ai eu mon permis à la cinquième tentative, dans une pochette surprise ! A l’auto-école, ils n’en revenaient pas !

Franck pouffe dans sa barbe, et Fernando éclate de rire.

Fernando : Alors bienvenue au club ! Et moi, je suis un vrai rital, pas comme… parrain Franck !

Graziella : Pourquoi, tu as eu du mal à avoir ton permis ? Ou tu te prends pour Fangio ?

 

Fernando, riant : Les deux ! Moi, je l’ai eu la troisième fois. Le plus difficile, c’est le code…

Graziella : Pour moi, c’était la conduite…

Franck : Mamma mia !

Graziella : Tiens, tu t’y mets, toi aussi ?!

Franck,avec un geste évasif : L’atavisme… Il est là quand même…

Graziella, regardant sa montre : Bon sang, il n’arrive pas !

Franck : Veux-tu que je t’emmène ?

Graziella : Et si Lucas arrive trop tard ? Qu’est-ce qu’il va penser ?!

Franck : Tu n’as toujours pas de téléphone portable ?

Graziella : Non, et même, j’en suis fière, mon cher !

Fernando, avec un geste vers sa poche : Ah bon ? Mais moi, j’en ai un…

Graziella, faisant la moue : Non merci !

Fernando : En tout cas, tu n’es pas comme tout le monde, en plus, ça me plaît ! Jolie, réactionnaire…

Franck, malicieusement : Et susceptible !

Graziella : Non mais ?!

Fernando et Franck éclatent de rire.

Fernando : Charmante. Je suis… comment dire…

Alors qu’il cherche ses mots, Franck l’observe, et le téléphone sonne. C’est de l’autre côté de la scène qu’on appelle. Valentine a déposé son fer à repasser.

Graziella : Ça doit être Lucas ! Allô, vieux ?!

Valentine : Non, Valentine Siciliano, la femme de Franck ! Vous êtes madame Silvestro ?

Graziella, prenant un air pincé : Non, MADEMOISELLE Silvestro !

Valentine : Quoi ?! Mais alors mon mari…

Graziella : Oui, il est chez moi ! Il est adorable, vous savez ! J’attends un autre ami qui…

 

Valentine : Qu’est-ce que c’est que cette maison, MADEMOISELLE Silvestro ? Vous allez dire à mon mari de rentrer immédiatement !

Graziella : Mais ne le prenez pas comme ça ! C’est juste que Franck aime ma cuisine !

Valentine : C’est ça ! C’est un Rital quoi qu’il en dise, et ça commence par l’estomac, n’est-ce pas ?!

Graziella : J’y peux rien, si tout le monde apprécie ma cuisine ! Mais ne pensez pas à mal, je suis…

Valentine : Moi aussi je sais cuisiner !

Graziella : Ça dépend, vous savez faire les pâtes al dente ? Les Français n’y connaissent rien, mais moi j’ai ça dans le sang, capito ?

Valentine : La Française de souche vous salue bien ! Dites à mon mari de…

Graziella : Oh mais je vous rassure tout de suite : mes courbes sont trop adipeuses pour plaire !

Fernando : Si, aux Italiens !

Franck, à mi-voix : N’aggrave pas mon cas, toi !

De l’autre côté, Valentine est de plus en plus furieuse, et hurle dans le téléphone.

Valentine : Rendez-moi mon mari !

Graziella : Qu’est-ce qui me dit que vous ne l’accueillerez pas avec un rouleau à pâtisserie ? Je ménage mon parrain !

Valentine : Bon sang de bonsoir !

Graziella, à Franck : Excuse-moi, je n’arrive pas à la calmer, c’est normal ? Je te la passe, peut-être ?!

Franck : Oui, ça vaut mieux ! Allô ma chérie ?

Graziella,à Fernando : Quelle pasionaria ! Elle n’a rien voulu entendre !

Fernando : Ne t’énerve pas, vous ne deviez pas être sur la même longueur d’ondes… Et puis tu sais, même adipeuses, tes courbes me font rêver…

Franck : Tu l’as remontée, ma femme, Graziella ! Ça fait deux minutes qu’elle m’agonit d’injures !

Valentine, qu’on entend très bien sacrer depuis l’autre partie de la scène. Franck, impavide, attend que ça passe en secouant une main.

 

Graziella,à Fernando : Qu’est-ce que tu as dit de mes courbes, toi ?

Fernando : Ah non ! C’est toi, qui dis qu’elles sont adipeuses ! Moi, je rêve de m’y perdre !

Graziella : Ces mecs, tous les mêmes ! Surtout les Ritals !

Fernando : A vrai dire, mon ami Sergio a pensé à moi tout de suite après t’avoir rencontrée…

Graziella : Parce que tout le monde sait que je suis célibataire ?

Franck : Pas si fort, ma femme va t’entendre !

Valentine : Qu’est-ce qu’elle a encore dit pour aggraver son cas, ta Graziella ?! MADEMOISELLE Silvestro !

Franck : Ah, alors ça va, l’orage est passé.

Valentine : Mais de quoi tu  me parles ?!

Franck : Dis-moi plutôt ce que tu me veux ! De toute façon, l’ami Fernando est en train de la draguer !

Graziella en passe par toutes les couleurs, a des mimiques expressives.

Graziella : Grmbl ! Et Lucas qui n’arrive pas !

Fernando essaye de se faire tout petit. Pendant ce temps, Valentine s’explique.

Valentine : J’aurais voulu que tu ne rentres pas trop tard, car je te rappelle que je dois aller chercher notre petite-fille à l’école… Je vais bientôt y aller, je voudrais m’assurer que tu t’en souvenais, et que tu as bien tes clefs, aussi… Tu es tellement tête en l’air !

Franck : Il faut que je vérifie, ne quitte pas. Graziella !

Graziella : Oui ?

Franck : Où est mon blouson ?

Graziella : Sur un porte-manteau de l’entrée !

Franck : Merci.

Graziella : Tu as fini avec le téléphone ? Je vais peut-être appeler Lucas…

Franck : Non, mais j’en ai pour deux minutes, le temps de vérifier un truc !

Fernando : Tu es sûre que tu ne veux pas que je te prête mon portable ?

Graziella : Sans façon !

Fernando  : Cosa ?

Et il se gratte la tête, sous le regard de défi de Graziella. Franck, près de la porte d’entrée, fouille dans les poches de son blouson. Graziella et Fernando lui tournent le dos. Sur ce, on frappe.

 

SCENE 2.

Les mêmes, Lucas

 

Graziella : C’est Lucas ! Entre, vieux !

La porte s’ouvre, rebondit sur les fesses de Franck, qui pousse un cri en même temps que Lucas qui se prend la porte sur le nez.

Valentine : Nom de Dieu ! Que se passe-t-il, encore ?!

Lucas : Qu’est-ce que c’est que ce cirque ?!

Graziella : Excuse-moi Franck, mais je crois que tu devrais rassurer ta femme !

Franck se masse les fesses, Lucas le nez. Ce dernier avise quelque chose par terre, se baisse.

Lucas : Quésaco ?

Franck : Mes clefs ! C’est bon, je peux reprendre le téléphone !

Lucas : Tiens. Excuse-moi Graziella, je suis tout juste, là !

Graziella : Oui, on peut le dire ! Je prends ma veste, et on y va ! Je suis désolée, Fernando…

Fernando : Rassure-toi, je comprends très bien. Quand puis-je revenir… te draguer ?!

Lucas les regarde, et éclate de rire. Franck a repris le téléphone en massant toujours ses fesses.

Franck : C’est bon ma chérie, j’ai bien mes clefs, je peux rentrer.

Valentine : Merci, ça m’arrangerait !

Fernando, à un geste de Franck : Attends, ne raccroche pas ! Franck le regarde sans comprendre. Si si ! Ne t’inquiète pas.

Franck : Euh... bon. Chérie, je te passe un ami...

Fernando : Hello, signora Siciliano ? Je suis le nouveau petit-ami de Graziella, et je vous rassure tout de suite, je suis très très jaloux !

Graziella, émergeant du placard de l’entrée : Non mais quelle enflure, ce mec !

Fernando : Et puis franchement, votre mari pourrait être son père !

Valentine : Il y en a qui ne s’encombrent pas de scrupules, et qui aiment les petites jeunes !

Fernando : Vous avez trop lu Nabokov, signora ! Mais je ne vous retiens pas plus longtemps ! De toute façon, votre mari est en train de s’habiller pour sortir !

Valentine : Oh ! Je vous remercie monsieur, excusez-moi. Il n’y a pas à dire, mademoiselle Silvestro sait s’entourer…

Fernando : Je vous repasse votre mari ?

Valentine : Merci, ce n’est pas la peine. Encore merci monsieur… euh…

Fernando : Rondinese ! Fernando Rondinese ! Bonne fin de journée, signora.

Valentine : Merci, à vous aussi !

Fernando raccroche, un sourire resplendissant aux lèvres. Lucas se gratte la tête. De l’autre côté de la scène, la lumière s’éteint sur Valentine.

 

SCENE 3.

Graziella, Fernando, Franck, Lucas

 

Graziella, à Lucas :Je t’expliquerai ! Je suis presque prête !

Fernando : Réflexion faite, veux-tu que je garde ton chat, en t’attendant ?

Graziella : Mais pourquoi veux-tu m’attendre ?

Fernando : Pour que tu tombes vraiment dans mes bras en fin de soirée !

Graziella : Tu ne vas pas mettre ma baraque sens dessus-dessous ?

Fernando : Oh non, je me ferai tout petit ! C’est bête, je suis là depuis à peine une heure !

Graziella va à lui, et lui colle une bise sur chaque joue.

Graziella : Merci pour le couple de Franck, en tout cas !

Franck : Oui, tu m’as bien tiré d’affaire !

Fernando : Entre hommes, on se comprend…

Graziella : Lucas, bon sang ! Laisse mon chat tranquille !

Lucas : C’est ce que j’aime bien chez toi, Graziella : le calme de ton chat qui pionce…

Tous se regardent, et éclatent de rire.

Franck : Dis donc Graziella, ça mérite un vrai baiser pour Fernando, non ?

Graziella : Toi, tu vas me pousser dans ses bras parce que ça t’arrange !

Lucas : Tu pinailles ! Allez, on y va ! Sacrée Graziella !

Graziella : Minute, une caresse à mon chat, et mes clefs !

Fernando : Alors, c’est oui ou c’est non ?

Graziella : Mes cervicales me font mal !

Lucas : Elle dit oui ! Allez, c’est parti ! (en voyant la tête de Graziella) Enfin quoi ! Ton prince charmant ne peut être qu’un Rital, un vrai ! Reste, Fernando !

Fernando : Merci.

Il se jette sur Graziella.

Graziella : Mes cervicales, nom d’une pipe !

Il l’embrasse, puis Graziella et Lucas filent. Franck leur court après, dehors.

Franck : Graziella, tes clefs !

Depuis les coulisses :

Graziella : Crénom de nom !

Et Fernando reste seul sur scène comme un idiot…

 

RIDEAU

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par Claire Monelle à 15:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]